Déplacement du Haut Conseil à l'intégration aux Tarterêts (2 juin 1999)

Récit de voyage aux Tarterêts à Corbeil-Essonne

2 juin 1999

 

Présents du HCI : Messieurs Fauroux, Sommaire et Mmes Kaltenbach, Petek-Shalom, Tribalat.

 

 

Nous sommes reçus par M. Serge Dassault et son équipe municipale, assez âgée en moyenne et d’un style un peu vieillot.

Nous serons accompagnés durant notre périple par une équipe qui nous filme et nous photographie.

Accueil à la mairie

 Le maire nous accueille autour d’un verre, nous présente son équipe et nous parle de sa ville et des actions de la mairie (ce qui suit tente de retracer fidèlement les propos du maire):

La mairie s’est efforcée de réinvestir les quartiers, non par une présence policière musclée, mais en jouant sur la prévention et en nouant des relations avec les associations.

La mairie met son point d’honneur à ce que le quartier soit propre. Elle réhabilite et nettoie, même lorsqu’il ne s’agit pas de bâtiments publics. Elle a notamment lancé une opération anti-tag. On efface dans la journée les tags de la veille ou de la nuit. Les gens ne se plaignent généralement pas des locaux. Aux Tarterets, résident de grandes familles avec beaucoup d’enfants qui sont souvent dehors. La mairie a acheté des maisons pour en faire des locaux pour les jeunes et finance un encadrement sportif, une initiation à la musique etc... L’usage des locaux est gratuit. L’été, la mairie finance une grosse opération vacances pour les jeunes du primaire à 20-22 ans.

Le maire insiste sur un point qu’il juge être décisif. Il regrette de ne pouvoir obtenir des bailleurs leur coopération pour une répartition plus harmonieuse du peuplement. Il pense que la proportion d’étrangers ne devrait pas dépasser un certain seuil (25% à 30%). Aux Tarterets, la proportion est de 40% et atteint même 80% dans certains immeubles. Pour Corbeil-Essonnes, les étrangers représentent 29% de la population. Les problèmes ne se posent pas avec les parents mais, surtout, avec les 12-15 ans. Ceux d’origine africaine sont les plus terribles. La mairie a moins de problèmes avec ceux d’origine maghrébine. Elle souhaiterait donc qu’il n’y en ait pas trop. Mais c’est le bailleur qui décide. Les écoles maternelles comptent beaucoup d’enfants non français. Ça ne plaît pas à tout le monde. Certains quittent leur logement, puisque 30 logements se libèrent aux Tarterets tous les mois. Mais ils sont remplacés par d’autres. Ce sont surtout ceux d’origine française qui ont tendance à partir, mais d’autres aussi. Les sociétés privées font de la publicité dans les annonceurs gratuits : « HLM pas chers à Corbeil-Essonnes ». Le taux de rotation est rapide. La ville ne détient que 25% du parc social, 30% est contrôlé par la préfecture et le reste (55%) appartient à des sociétés privées. Le maire déplore l’absence de mixité sociale réelle. Aux Tarterets, la densité est aussi trop forte. Les tours sont trop rapprochées, il faut aérer et réduire le nombre de logements. Le maire a obtenu quelques succès en matière de délinquance en réussissant à « retirer du circuit » cinq à six jeunes. Il s’en est occupé, les a reçu. Ça ne plaisait guère à la population ! A partir d’un certain âge, ils cherchent à sortir de leur situation. Le maire en a embauchés à la mairie, mais certains ont trouvé du travail ailleurs. Ces jeunes sont aujourd’hui gentils et reconnaissants [nous en rencontrerons un à la sortie de la mairie que le maire nous présentera comme un jeune homme intégré, ses paroles étant accompagnées d’une vigoureuse bourrade dans le dos du jeune homme]. L’état d’esprit a changé. Le vrai problème pour le maire, c’est l’isolement. C’est dur pour ces jeunes de ne pas avoir de reconnaissance, d’être repoussés.

Monsieur Loiré (pas sûre de l’orthographe), adjoint au maire, me donne en aparté des informations complémentaires : Les Tarterets comptent 2300 logements HLM dont 1800 appartiennent à la société de logement français. 380 familles comprennent plus de 5 personnes et 60 plus de 8. Il y a 45 ethnies différentes sur le quartier, beaucoup sont originaires du Maghreb, mais de plus en plus d’Afrique noire, le Mali notamment (avec polygamie). Les Africains originaires du Cap Vert logent dans un autre quartier. Il y aurait même des familles polygames parmi les Maghrébins. On voit, tardivement, arriver une deuxième vague de familles correspondant à ce phénomène. La mairie le voit lors des demandes de logement, de cartes santé, ou de l’aide médicale sur critères sociaux, pour des enfants très jeunes. Cela concernerait une trentaine de famille sur 250. Il me parle d’une association « Santé, culture, intégration » dirigée par une Africaine pharmacienne. Les pères maliens ont du mal à accepter que ce soit une femme qui dirige l’association. Au centre ville, le tissu est ancien, 10% des habitants sont étrangers et vivent dans le « logement social de fait ».

La ville compte 40 000 habitants, 1000 bénéficiaires du RMI, 50% de contractualisation (avec un préalable sur l’illettrisme). Le niveau scolaire est très bas. 50% des jeunes à la mission locale sont de niveau 5 ou plus (c-a-d très bas).

Après l’accueil en mairie, nous sommes embarqués pour une visite du marché des Tarterets. 

Commentaires : Altercation entre l’adjoint auprès de la jeunesse et un jeune très excité. Pendant le trajet l’adjoint « Jeunesse » nous explique qu’il est partisan d’une circulation et non du cantonnement des jeunes au pied des immeubles, afin de rendre la jeunesse autonome. Des efforts de rénovation sont faits en centre ville, afin de le rendre attractif et de redonner de la fierté aux habitants de ce dernier. Des activités ont été organisées afin que les jeunes descendent au centre ville.

Les Tarterets, comme beaucoup de quartiers dits « difficiles », est un quartier enclavé.

La municipalité a prévu d’aménager, dans le cimetière, un espace pour les carrés musulmans et juifs.

Il n’y a pas de mosquée aux Tarterets, seulement un lieu de prière aménagé au RC d’un immeuble.

Au cœur du quartier, se trouve un lieu de rassemblement des jeunes, à l’emplacement d’un stop. Une place comprend quelques commercess, une pharmacie, une boulangerie, une épicerie...

Le quartier nous a fait plutôt bonne impression. Des immeubles bien tenus, des pelouses, avec des bancs à certains endroits, des arbres.

Accueil à l’ATAF (association des travailleurs africains de France)

L’association est localisée au RC d’un immeuble. Des jeunes femmes africaines, (qui ont préparé les beignets de l’apéritif) se pressent dans un couloir pour nous voir arriver. Le président de l’association, qui a fière allure dans son boubou, nous accueille très chaleureusement. Il nous prévient de ses handicaps d’élocution : bégaiement (bien maîtrisé en fait) et difficultés avec la langue française (peu perceptibles). Il réside en France depuis 31 ans. L’association réunit 10 nationalités différentes. Ce qui compte, ce n’est pas la religion ou la nationalité..., mais la couleur de la peau.

Il a créé l’association après avoir constaté la perte des civilités africaines. On ne disait plus bonjour quand on ne connaissait pas la personne. Il a donc pensé à créer une structure permettant de garder les usages culturels. L’association compterait 99 adhérents, mais tous les Africains de France (Afrique sub-saharienne) peuvent y adhérer. Son but est de faire intégrer la communauté africaine dans la ville. L'association travaille avec la municipalité, les HLM et les travailleurs sociaux. Elle fait du soutien scolaire aux enfants de parents analphabètes. Elle a une permanence ouverte le mercredi de 14h à 18h, pendant laquelle l’association aide les Africains à remplir des documents et les conseille dans les démarches qu’ils doivent entreprendre. L’association faisait aussi fonctionner une halte garderie dont les activités sont aujourd’hui suspendues, par manque de subventions. Il nous parle d’une association dont la présidente est une femme (probablement celle mentionnée plus haut) qui travaille avec les parents. Les enfants seraient tous scolarisés dès 3 ans.

Les problèmes rencontrés tiennent au fléau international qu’est l’absence de travail pour tous, qui handicape énormément la communauté.

L’association organise des activités culturelles : soirées cabaret, films africains, danses.

Le responsable de l’ATAF se plaint des subventions de la mairie. Il y a peu de jeunes à l’association. Ils ne voient pas la vie de la même façon que les anciens. De toute façon, culturellement, ces jeunes ne peuvent faire partie du même groupe que les parents. Ce serait gênant. Ils participent à des associations de jeunes sur les quartiers. 

L’association a le projet de monter un atelier informatique, mais est toujours à la recherche d’un financement. C’est pour occuper les jeunes et pour qu’ils « prennent le train de l’informatique ». Il y a un site informatique aux Tarterets, mais il est peu fréquenté. Les horaires ne sont pas bons.

L’association manque d’outils, mais a les compétences.

 Sont également présentes diverses personnes dont certaines sont d’origine maghrébine. Parmi elles, la parole est donnée à un responsable de l’association des jeunes du quartier (AJT). Il a 25 ans, une petite barbe, est très sympathique. On le retrouvera avec nous à divers moments de la journée.

Resp assoc AJT: Les jeunes, depuis quelque temps, ont décidé d’être acteurs de leur ville. L’association est vieille de huit ans sur le quartier. S’adresse aux 15-25 ans. Ici, il y a 13 000 habitants sur 1 Km2. Beaucoup de cas sociaux. La plupart des jeunes ont été scolarisés. Les quelques jeunes qui ne le sont pas font beaucoup de bruit et donnent une mauvaise image du quartier. L’association s’occupe surtout de ceux qui posent problème. Ce sont des jeunes qui se sont « éduqués eux-mêmes ». Ils ont besoin de repères, de modèles. Il n’y a pas de carte d’adhérent, mais l’association touche facilement 200 jeunes. Elle a un club de foot avec 50 licenciés. La municipalité les auraient « menés en bateau », en leur promettant un local qui s’avère trop petit [en fait, ce jeune homme, comme deux autres responsables de l’association, les trois leaders de l’association, sont maintenant payés par la mairie]. Il se plaint des piètres moyens avec lesquels l’association travaille. Mais il déclare avoir commencé à « bien travailler » avec la municipalité et « faire tampon » entre les jeunes et cette dernière.

Il évoque une affaire dans laquelle sont impliqués quatre jeunes du quartier, soupçonnés d’avoir incendié l’école dans laquelle un maître était suspecté d’attouchements sexuels auprès d’enfants. Le feu a été mis « dans une bonne intention » [pour protester contre les agissements du maître] mais, reconnaît-il, c’est quand même un délit. Les quatre jeunes (un majeur et trois mineurs) seraient retenus alors même qu’ils ne sont pas coupables, il le sait. Dans le quartier, on connaît les coupables. On les a entendus se vanter, mais ils refusent de se rendre et il n’est pas question de les dénoncer. Du coup, on garde quatre jeunes innocents en prison. C’est une injustice ! « Ca a déclenché des manifestations. Il a failli y avoir une émeute... On n’est pas assez soutenus ici ».

Ici, c’était Israël et la Palestine. Depuis qu’il y a un nouveau préfet, les choses ont un peu évolué. Avant, on nous envoyait des cars de CRS pour contrôler les identités au pied des immeubles, « alors que c’est nous qui sommes chez nous ! ». Les rapports étaient très tendus, mais ça s’est un peu amélioré.

Visite du lieu de prière

C’est un appartement en RC de quatre pièces : trois pièces (ablutions, prière, pièce pour les devoirs des enfants) et un bureau dans lequel nous serons reçus par le responsable de la mosquée et l’un de ses imams qui a un profil tout à fait particulier : ingénieur converti à l’islam, fils d’une mère protestante américaine et d’un père juif. 

Dans le bureau, on remarque quelques livres dont l’un au titre évocateur (en français) : « Ceci est la vérité ».

Les discours suivants ont été tenus, sans qu’il soit toujours possible de restituer par qui (certains hommes présents, l’imam, et le responsable des lieux) :

Les religions sont une richesse de la France, toutes ces ethnies. Il nous faut aller jusqu’au bout des principes : « liberté, égalité, fraternité ». Il est injuste qu’on refuse l’entrée à l’école aux jeunes filles voilées. 

On veut pas t’accepter tel que tu es ! La France doit ouvrir ses portes sur certaines choses. On n’a pas de mosquée, seulement un hall d’immeuble. Plus de cours d’arabe dans les écoles. Le local est exigu, ne peut contenir que 19 personnes, alors que l’assistance est plus nombreuse. Quelquefois, il y a cent ou deux cents personnes à la prière du vendredi. Ca déborde dehors. On accueille les enfants pour faire de l’aide aux devoirs et pendant les petites vacances scolaires. Viennent 120 à 150 enfants. Certains vont à la mosquée d’Evry. Les Turcs ont une salle de prière au centre ville.

Avant la jeunesse était perturbée. Aujourd’hui, ils sont intégrés, grâce à ce local. On organise la fête de l’Aïd. Il y a un lieu d’abattage. 

Ils souhaiteraient avoir un centre socioculturel.

Financièrement, on se débrouille. On fait des collectes. Un terrain de 1500 m2 a été donné par la mairie et un bail de cent ans va être signé. Ils n’ont pas encore fait de demandes pour les dons étrangers.

Pour la viande hallal, c’est pas ici. C’est à la mosquée d’Evry.

L’imam : Je ne suis là que le vendredi. On me rembourse les déplacements. L’imam qui est là en permanence est payé par les élèves lorsqu’ils le peuvent. C’est un ouvrier tunisien à la retraite.

Le quartier est calme. On n’a plus de délinquance.

Le jeune représentant de l’AJT est encore avec nous. Il déclare travailler avec cette association musulmane (celle du lieu de prière). 

A la question de savoir si les jeunes viennent prier, on répond : Ca dépend, c’est partagé. Ceux qui vont en boîte de nuit ne peuvent aussi aller à la mosquée. Mais il y a une bonne proportion de fidèles.

L’arabe est enseigné aux enfants pendant les petites vacances et le samedi. Les responsables déclarent être souvent convoqués par la directrice du collège quand il y a un problème entre une communauté et des professeurs.

A la question de savoir ce qu’ils pensent de ce qui leur est enseigné sur l’islam, on recueille les propos suivants de divers jeunes :

Ils parlent mal de l’islam, ne connaissent pas, ne disent pas la vérité.

Le jeune responsable de l’AJT se plaint de ce qu’on parle du prophète en l’appelant Mahomet.

Les journalistes descendent l’islam, pourquoi ? On n’est pas respecté. Il n’y a pas d’enseignement de l’arabe au collège. L’un réclame une loi pour qu’on « nous respecte ». Il s’agit d’un jeune homme barbu à la mine patibulaire [on nous dira qu’il a eu maille à partir avec la police]. Il se plaint que sa sœur ne peut pas mettre le voile à l’école, alors qu’on laissera entrer une fille qui vient avec des cheveux rouges et une jupe courte. Faut nous respecter !

Mon voisin, père de famille se plaint : « Nos filles vont à la piscine, alors que nous on voudrait.... »

Un autre jeune déclare avoir été au lycée de Corbeil. Le programme était bien, mais certains profs « ajoutaient des préjugés, des jugements personnels ».  En seconde, lors d’un séjour de ski, le prof posait beaucoup (trop) de questions à propos de la religion, c’était en pleine période de ramadan. Puis le professeur principal a fait un rapport sur le jeune, lui reprochant de prêcher la bonne parole. On nous rejette ! On nous freine ! Ce jeune est en « année sabbatique ». Il est bachelier et va reprendre ses études l’année prochaine.

Le jeune barbu à la mine patibulaire : On nous rejette, parce qu’on porte la barbe !

La discrimination est partout dit un autre jeune.

Le responsable de lieu : Il faut être excellent pour trouver du boulot ! Pour le voile, on est suspendu au bon gré des proviseurs.

On ne peut pas être moyen surenchérit le responsable de l’AJT.

Alors que notre président leur suggère de voter pour peser, ils répondent :

La communauté musulmane n’a pas de représentant national. L’islam est un bébé en train de grandir. Il faut pas mettre des marches trop hautes. L’islam est très mal connu. Il y a toujours cette interprétation : si moi je fais un bêtise, c’est un musulman, si c’est un chrétien, on dira pas que c’est un chrétien.

Jeanne-Hélène Kaltenbach : Attendez jeunes gens, est-ce que l’un d’entre vous peut me dire ce que c’est qu’un protestant ? 

Silence !

Jeanne-Hélène Kaltenbach leur explique qu’elle a passé beaucoup de temps à s’informer sur l’islam et à essayer de mieux le connaître. Ces jeunes gens doivent faire un effort pour connaître les autres. 

Le jeune qui est en année sabbatique rappelle l’histoire des barbus de Cavada. Il s’appuie sur le dernier rapport du HCI. Les discriminations, ça existe. 60% des chefs d’entreprise ne veulent pas prendre des gens issus de l’immigration.

Responsable AJT : Vous dites « Faites des efforts et vous fermez la porte ! »

Notre président interroge l’imam sur le problème de l’enseignement supérieur de l’islam.

Notre ingénieur imam se dit traducteur et écrivain. Il a rejeté ce que l’on enseigne à l’INALCO où, pour suivre des cours d’arabe, il faut aussi suivre ceux d’islamologie. C’est très frustrant. Il s’est formé tout seul : « J’ai passé toute ma vie dedans. C’est dommage que la France délivre un enseignement de l’islam dont on ne veut pas ».

A la question sur Château Chinon, il répond que l’enseignement est bon, mais non reconnu par l’Etat. Pour se former, il faut aller en Angleterre ou en Belgique.

Une jeune femme turque entre. Elle porte un foulard tigré en harmonie avec un ensemble vert. 

Les Turcs disposent d’un local transformé en mosquée. Un imam payé par l’Etat turc y officie.

Sur la question des écoles privées, on cite celle de Lyon où l’on paye 15 000 à 20 000 F. Mais elle n’est pas reconnue par l’Etat.

Un jeune demande ce qui peut être changé.

Notre président leur explique que c’est la loi de 1905 qui a rétabli la paix religieuse en France et qu’on ne reviendra pas là-dessus.

La jeune femme turque : Dans ma communauté, certains n’acceptent pas mon voile [elle ne l’a pas porté à l’école, mais seulement depuis 12-13 ans]. C’est un choix personnel. Certains Français acceptent. Chez les Turcs, les habitudes des anciens ont pris la place de l’islam. On dit qu’on n’envoie pas les filles à l’école, c’est faux. Mon père m’a permis de faire des études. 

Imam ingénieur : Parfois, les pouvoirs publics abusent. Par exemple, à la mosquée de Gennevilliers, on leur dit qu’il n’y a pas de problème tant qu’ils ne font pas de la politique. Si on dit qu’il faut aider les pauvres, ou qu’on encourage les jeunes à voter, c’est de la politique ! On fait l’amalgame, même le social, la citoyenneté sont confondus avec la politique !

On sort car ça va être l’heure de la prière.

Lorsque je me dirige vers la sortie pour reprendre mes chaussures, le jeune barbu à la mine patibulaire me demande si je cherche la salle de prière des femmes.

On nous annonce un petit contretemps. L’association maghrébine chargée de nous préparer le repas se serait trompée de jour. On essaie de trouver un dépannage. Il doit bien être 13h30 et nous avons une petite faim. On retourne dans le local de l’ATAF, où l’on nous sert un apéritif (une boisson au gingembre délicieuse) et des beignets (tout aussi délicieux).

Et l’on attend. Gingembre, beignets. Beignets, gingembre. 14 heures, 14 heures 30. L’adjoint au maire s’impatiente car nous prenons un sérieux retard sur l’horaire. Il finit par nous demander de manger quelques beignets pour qu’on y aille. Mais des plateaux repas pakistanais arrivent et la politesse de notre président nous sauve la mise : Pas question de ne pas faire honneur à nos hôtes qui sont allés chercher les plateaux. Entre temps, l’équipe de la mosquée est venue nous rejoindre et prend son repas avec nous.

On apprendra plus tard que l’association maghrébine a refusé de préparer un repas qui serait mangé à l’ATAF !

Propos pendant l’apéritif et le repas  (non exhaustif car j’ai souvent abandonné le stylo pour les beignets ou la fourchette) :

A Corbeil, le responsable de Raids-Aventures (opération policière auprès des jeunes en France) travaille pour la mairie. Il organise des activités à destination des jeunes hors structure pour tenter de les y ramener. Il organise des raids pendant les vacances.

L’association Piksel : ce sont ceux qui nous filment. Ils ont monté un spectacle qui sera donné, cette année, à Avignon.

Notre hôte, président de l’ATAF, tiendra des propos tout à fait raisonnables sur la nécessité qu’il y a à s’adapter aux moeurs du pays dans lequel on vit. Il n’est pas partisan du voile pour les filles à l’école.

Le jeune président de l’AJT nous amène un autre jeune homme, au bagou incroyable, qui vient nous vanter le travail qu’il fait sur le quartier. Il a monté une société de bâtiment et fait des travaux de rénovation avec les jeunes. Il embauche des jeunes des Tarterets et offre des stages aux enfants des collèges. Il fait la peinture, la vitrerie, la rénovation. Se plaint des barrières qu’il rencontre du fait qu’il embauche des jeunes de Corbeil. Il en profite pour envoyer un message à la mairie à propos d’un contrat qu’il n’a pas pu avoir. Il s’est retrouvé à faire de la sous-traitance pour un contrat qu’on lui avait refusé. Se plaint des responsables qui refusent de prendre des risques (il a l’air « fâché » avec la logique des appels d’offre). Il recrute des gens de métiers et des jeunes (25 au total actuellement). Il nous propose de venir voir ce qu’il fait actuellement sur le chantier en cours. Il se plaint de la « crevasse » entre la volonté de vouloir aider et la façon dont on le fait (à l’adresse du pouvoir local) : Prenez des risques, faites-nous confiance !

Visite d’un appartement pédagogique :

Une jeune femme noire très belle nous accueille ; c’est la « patronne » des lieux. On y prodigue des conseils ménagers divers (gestion d’un budget, utilisation économe de l’eau, de l’électricité, bricolage tel que la fabrication d’étagères ou la pose de papier peint, rideaux) et en matière d’éducation des enfants, d’alimentation et de santé.

Des conseillères CAF viennent trois fois par semaine.

Le local vient d’être cambriolé. On attend ainsi une machine à coudre avec impatience, pour faire les rideaux. Ce sont surtout des femmes qui viennent.

Le local est ouvert tous les lundis de 18h à 19H pour les nouveaux arrivants. On leur donne des informations sur le quartier. 

On a même organisé des défilés de mode.

Une autre jeune femme qui travaille dans cette structure intervient aussi sur la plate-forme Services des Tarterets (écrivain public, conseils juridiques).

En tout, en plus de la directrice, la structure compte deux personnes et un SNV.

On y fait également de l’aide au CV et des actions d’alphabétisation.

Direction l’école primaire X… (je n’ai pas noté le nom de l’école)

En chemin : il existe des cours d’alphabétisation pour adultes donnés à la Nacelle, dans le cadre de l’Education nationale. Les jeunes font du soutien scolaire (AFEN, association de jeunes étudiants). La mairie aide à développer des projets individuels et collectifs. Elle paie 1600F pour 40 heures de travail en municipalité ou autre (par ex aide, par des lycéens, de personnes âgées)

Ecole primaire X... 

Le Directeur nous reçoit dans le préau. L’école accueille 183 élèves, comprend huit classes dont une CLIS (classe d’intégration scolaire des élèves en grande difficulté). Les difficultés de l’école, ce sont celles du quartier : population à forte majorité d’origine étrangère, d’un bas niveau social et à forte mobilité.

Beaucoup de familles ont envie de partir. Quitter les Tarterets, c’est un signe d’ascension sociale. On a quand même quelques familles qui veulent rester. 

Le Directeur a demandé à venir ici. Les conditions sont difficiles, mais il est satisfait, même s’il est difficile de constituer une équipe stable. La stabilité semble un facteur de légitimité des enseignants vis-à-vis des enfants et des familles. Le directeur fait en sorte, lors des élections au conseil d’école, d’avoir des parents de toutes les communautés qui peuvent servir de relais. Pas d’enseignant d’origine maghrébine, mais une collègue d’origine portugaise.

Le niveau moyen de sortie n’est pas celui de la moyenne nationale car il y a plus d’enfants en grande difficulté. 

Le règlement intérieur a été écrit par les enfants. Il semble même qu’il ait fallu l’adoucir, par rapport aux désirs exprimés par les enfants.

Travaille avec la mairie. Monte une pièce de théâtre tous les ans avec tous les enfants, qui est jouée au théâtre de Corbeil. L’opération coûte 16 000F.

Son souci est de valoriser l’image de l’école pour que les enfants puissent acquérir une image d’eux-mêmes positive à travers l’école. Les parents sont fiers. Ça a permis de débloquer des situations.

Il n’a pas reçu de formation spéciale. Les enseignants qui viennent sont souvent des jeunes qui n’ont pas reçu assez de points pour aller ailleurs. Mais il trouve qu’il y a une bonne dynamique dans son école.

Il rencontre un gros problème : les difficultés des enfants qui ne maîtrisent pas des éléments très simples de vocabulaire. Tous ne parlent pas français à la maison et c’est un handicap.

A la question « Comment faites vous avec ces enfants ? » : On cherche. En fait, on est très démuni. Si ce qu’on leur apprend n’est pas repris ailleurs qu’à l’école, ça ne marche pas. Si l’enfant est très scolaire, ça va aller, sinon...

L’équipe est composée de sept femmes et de trois hommes. Lui-même enseigne à mi-temps. Il est ici depuis 1993.

La mairie distribue des livres avant Noël, nous explique l’adjoint « Jeunesse ». Du coup, les jeunes le reconnaissent dans la rue et lui disent : Ah ! c’est toi qui distribue des livres !

Collège :

On est accueillis par la directrice qui nous fait visiter les lieux, y compris l’arrière, où presque tous les carreaux ont été cassés en janvier et sont remplacés par du contre-plaqué.

Parmi les enseignants, il y a un tiers d’instables. De toute façon il ne fait pas bon rester trop longtemps. Elle même part dans le Sud-Ouest.

Elle organise une réunion tous les mois, d’une heure pour expliquer le collège aux parents : les mamans viennent, puis, petit à petit, les papas. On n’envoie plus les bulletins. On les remet de la main à la main, 90 à 95 % des parents viennent les chercher. Ils discutent avec les professeurs. Pour faciliter la lecture des bulletins, on a mis de couleurs (celles du code de la route : vert, c’est bien ...)

L’an dernier, 56% des élèves sont passés en seconde générale, 30% en professionnel et 7 à 8 % en apprentissage.

On a le problème des enfants de 18 ans en troisième, avec le phénomène de la violence des grands qui utilisent les petits.

Le directeur de l’école primaire qui nous a accompagnés confirme que le collège organise des visites au collège pour y préparer les enfants du primaire.

À la rentrée, la directrice a demandé aux parents de venir. Elle leur a expliqué l’emploi du temps et, dans l’après-midi, tout le monde a couvert les livres, les grands ont aidé les petits.

Ne se plaint pas de l’absentéisme, mais des retards, surtout lorsque la nuit a été « chaude ».

Elle déclare avoir de très bons élèves. Sur ceux qui sont passés en seconde l’an dernier, sur 66, 11 redoublent et 3 vont en BEP.

Après le collège, les filles restent sérieuses, les garçons se révèlent, quelquefois en mieux.

Elle a eu deux affaires de foulard après le ramadan. Il n’y a pas eu de conseil de discipline. Elle leur a fait comprendre que si elles ne le retiraient pas c’était l’exclusion. Il s’agissait de jeunes filles qu’elle rencontrait dans la rue et qui ne portaient pas le foulard, seulement pour entrer en classe (Alors, quand même !). Ramadan est une période difficile. Les enfants sont fatigués et les garçons sont épouvantables. 

Notre voyage s’est terminé dans un centre socioculturel. Je n’ai pas pris de notes, mais l’ambiance était chaude. Des associations étaient là et pestaient contre la mairie qui ne les avait pas invitées. Il y a eu quelques passes d’armes. Les lieux semblaient peu fréquentés, bien que nous soyons un mercredi.