PREMIER BILAN DÉMOGRAPHIQUE DE LA VAGUE MIGRATOIRE 2015-2016 EN ALLEMAGNE

 

Pour faire le bilan des arrivées massives de migrants en Allemagne à partir des Mikrozensus[1], il faudra attendre les résultats de 2017 et peut-être même de 2018. La réalisation de l’enquête tout au long de l’année - et donc sa moyennisation – produit un lissage. Les résultats du Mikrozensus de 2016, non encore disponibles, pourraient comprendre une partie des migrants de 2015. Mais, seulement ceux qui n’habitaient pas dans des baraques, dans des écoles désaffectées ou autres lieux qui ne sont pas couverts par le Mikrozensus. Nous aurons fini d’engranger les effets de la vague 2015-2016 dans le Mikrozensus lorsque tous les migrants auront été relogés dans des logements normaux.

Il est donc préférable, en attendant, de se référer aux données tirées du registre centralisé des étrangers, même si l’on sait qu’ils finissent par dériver en raison d’un enregistrement incomplet des sorties du territoire. Tout étranger qui séjourne en Allemagne – ou a l’intention d’y séjourner - plus de trois mois doit s’y faire enregistrer. Mais les migrants arrivés en 2015 n’ont pas tous été enregistrés en 2015. Une bonne partie l’a été en 2016.

Contrairement au nombre d’immigrés, qui ne varie qu’en fonction des décès et des migrations (entrées-sorties), le nombre d’étrangers est augmenté du nombre de naissances d’enfants de nationalité étrangère à la naissance et diminué du nombre de naturalisations. Ça complique sérieusement l’analyse, indépendamment de la qualité du report de ces faits dans le registre des étrangers. Mais, pour se faire une idée de l’effet de la vague migratoire 2015-2016, l’inconvénient est limité pour les courants migratoires particulièrement présents tels que ceux de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan.

Cette vague migratoire a fait sentir ses effets sur le nombre total d’étrangers qui s’est accru de 1,9 million entre le 31/12/2014 et le 31/12/2016 où la barre des 10 millions a été franchie pour la première fois.

Le solde migratoire des étrangers, qui s’était fortement réduit pendant les premières années de crise, avec un plus bas estimé à près de +48 000 en 2008[2], a augmenté ensuite, et tout particulièrement dans les deux dernières années avec près d’un million chaque année : + 1,04 million en 2015 et +981 000 en 2016. Depuis 2009, le nombre d’étrangers s’est accru de 50 %.

Pendant les années de crise économique, le sex-ratio des migrants est encore plus déséquilibré en faveur des hommes à la sortie qu’à l’entrée, si bien que celui du solde migratoire était alors favorable aux femmes (0,7 homme pour une femme en 2008 et 2009). Avec la reprise migratoire, le sex-ratio a évolué franchement en faveur des hommes avec un maximum de 1,65 homme pour une femme en 2015. Le graphique ci-dessous donne une idée de l’évolution du solde migratoire des hommes et des femmes (base 1 en 2007).

Évolution de l'immigration nette (entrées - sorties) d'hommes et de femmes de 2007 à 2016 en Allemagne (base1=2007)

Si certains flux ont continué d’être présents lors de cette reprise, c’est le cas du flux de Polonais, ils ont progressé modérément tout particulièrement par rapport à celui en provenance de Syrie. De 2009 à 2016, le nombre de Polonais a presque été multiplié par deux : 783 000 en 2016, soit 7,8 % des étrangers. Mais des Syriens, il n’y en avait quasiment pas en 2009 : un peu moins de 30 000 soit 0,4 % des étrangers. En 2016, leur nombre a été multiplié par 22 et atteint près de 638 000. En fait, il s’agit de Syriens qui se sont déclarés tels car on sait qu’il était particulièrement recommandé d’être Syrien plutôt qu’autre chose en 2015 et en 2016.

Ces Syriens forment donc désormais une diaspora imposante. Ils sont aussi nombreux que l’étaient les Turcs en 1971. En 2015, près de 3 millions étaient d’origine turque en Allemagne. C’est également, à 73 000 près, le nombre d’Algériens recensés en France en 1975. La population d’origine algérienne sur deux générations était d’1,9 million en 2011. 

Les Syriens n’ont certes pas la fécondité qu’avaient les Algériens en 1975, mais leur potentiel démographique est quand même important. Le sex-ratio très déséquilibré en faveur des hommes (1,8) laisse aussi présager des flux familiaux.

Si l’on y ajoute les Afghans et les Irakiens, on a 1,1 millions de personnes (soit 11,4 % des étrangers), présentant des sex-ratios très déséquilibrés : deux Afghans pour une Afghane sur un total de 253 000 Afghans ; 1,55 Irakien pour une Irakienne sur un total de 227 000.

Ces deux années 2015 et 2016 ont donc modifié profondément la composition de la population étrangère en Allemagne et laisseront leur empreinte sur la démographie allemande dans les années qui viennent, indépendamment de la poursuite des flux. D’autant que la démographie autochtone allemande est particulièrement peu dynamique. 

[1] Le Mikrozensus est une grosse enquête auprès d’un échantillon de 1 %, soit environ 800 000 personnes, conduite en continu chaque année. Depuis 2005, ce Mikrozensus est exploité pour donner une mesure approximative des immigrants et de leurs descendants directs nés en Allemagne. Tous les quatre ans (2005, 2009, 2013 et bientôt 2017), des questions spécifiques sur les parents permettent de définir un peu mieux la population d’origine étrangère en Allemagne.

[2] Contrairement à ce que l’on a observé en France, les flux sont plus sensibles à la conjoncture économique en Allemagne.