Les résultats du Mikrozensus de 2016 sont sortis.

Voyons ce que l’on peut en apprendre.

 (septembre 2017)

LES OUTILS STATISTIQUES

L’Allemagne n’a conduit, après le dernier recensement de 1987 à l’Ouest (1981 dans l’Allemagne de l’Est), qu’un seul recensement, très tardivement, en 2011[1]. Les États de l’Union, dont l’Allemagne, se sont engagés (Règlement n° 763/2008) à fournir tous les dix ans des données exhaustives sur la population et le logement à partir de 2011[2]. Ce qu’on a appelé recensement de 2011 en Allemagne est en fait une procédure extrêmement complexe[3].

On s’est alors aperçu que les mises à jour à partir du recensement de 1987 et des registres de population opérées jusque-là surestimaient le nombre d’habitants et tout particulièrement le nombre d’étrangers. Dans le recensement de 2011, la population était plus petite de 1,4 million dont 1,1 million d’étrangers. Ce recensement a également fourni une estimation de la population d’origine étrangère en Allemagne (voir graphique ci-après).  

En Allemagne, c’est le Mikrozensus qui fait office d’enquête Emploi. Il existe depuis 1957, mais a été rénové en 2004. C’était une enquête ponctuelle auprès de 1 % de la population, datée sur une semaine de l’année. À partir de 2005, le Mikrozensus devint une enquête continue. Le 1 % interrogé a été réparti uniformément sur toutes les semaines de l’année. Le but était d’éviter les effets saisonniers et de fournir des données trimestrielles, même si celles-ci ne sont pas encore diffusées en raison de la taille réduite des échantillons. L’échantillon aréolaire de bâtiments est renouvelé par quart tous les ans[4]. Toutes les personnes d’un ménage sont interrogées.

La base de sondage jusqu’en 2015 a été le recensement de 1987 mis à jour en éliminant les bâtiments démolis et en ajoutant les nouveaux. En 2016, l’échantillon a été renouvelé en le tirant directement à partir du recensement de 2011. D’après Destatis, l’effet est sensible sur le nombre de familles, plus nombreuses, mais aussi, par exemple, sur le nombre d’Allemands rapatriés (Aussiedlers). Ce serait dû à leur installation plus fréquente dans des nouveaux bâtiments mal pris en compte dans les échantillons précédents.

 

UNE DÉFINITION POUR LE MOINS COMPLIQUÉE DE LA POPULATION D’ORIGINE ÉTRANGÈRE[5]

La définition de la population d’origine étrangère en Allemagne n’est pas simple. Accrochez-vous si vous voulez suivre !

Contrairement à d’autres pays, la France par exemple, en Allemagne on ne raisonne pas d’abord par générations (immigrés, enfants d’immigrés…). Sont déclarés d’origine étrangère (Migrationshintergrund) toutes les personnes qui ne sont pas allemandes de naissance. Mais le pays de naissance permet, au moins, de distinguer ceux qui sont nés à l’étranger, qu’on appelle en France immigrés, de leurs descendants.

Les immigrés à l’allemande :

Comme en France, les Allemands nés avec la nationalité allemande à l’étranger ne sont pas comptés. C’est le cas des Aussiedler qui ont rejoint l’Allemagne après guerre. Par contre, ceux que les Allemands appellent les « Allemands ethniques », qui ne sont pas nés avec la nationalité allemande, sont comptés comme migrants s’ils sont arrivés après 1959, soit après l’énorme transfert de population allemande en provenance de Pologne, Tchécoslovaquie… C’est par exemple le cas d’« Allemands » du Kazakhstan qui affluèrent à partir de la fin des années 1980. Ces Allemands ethniques sont repérés à partir de l’année d’’arrivée en Allemagne : avant ou à partir de 1960[6].

Évidemment, sont comptés comme immigrés les étrangers ou les naturalisés qui ne sont pas des « Allemands ethniques » originaires de Turquie, de Syrie…

Les descendants d’immigrés à l’allemande :

Ce sont les enfants des premiers. Mais pas seulement. Toute personne née en Allemagne d’un parent de nationalité étrangère ou naturalisé est également comptée[7].

L’ensemble, on le voit, couvre deux générations, mais aussi une partie de la troisième : des immigrés au sens allemand, leurs enfants et une partie des petits enfants.

Les tableaux diffusés par Destatis permettent de distinguer ceux qui ont connu la migration de ceux qui sont nés en Allemagne. C’est-à-dire les immigrés des natifs. Mais tous sont classés en fonction de leur nationalité actuelle ou antérieure. Au contraire, en France, on a tendance à distinguer les populations d’origine étrangère par pays de naissance et pays de naissance des parents.

Attention, ça se complique !

Ça c’est la définition théorique qui n’est mise en œuvre dans les Mikrozensus que tous les quatre ans (2005, 2009 et 2013), lorsque sont recueillies des informations sur les parents. Destatis l’appelle la définition large.

Dans les années ordinaires, on se contente d’ajouter ce qui est accessible à partir des informations sur les seuls individus du ménage : étrangers, naturalisés, rapatriés et leurs enfants vivant avec eux. Les informations sur les personnes nées en Allemagne d’origine étrangère qui ne vivent pas chez leurs parents ne sont collectées que tous les 4 ans. En année ordinaire, un enfant qui vivrait avec sa mère née allemande loin de son père étranger ou naturalisé ne sera pas compté. C’est la définition dite étroite la plus commune, à partir de laquelle s’élabore l’essentiel des tableaux détaillés par origine.

Entre la définition large et la définition étroite manquent, en gros, les adultes nés en Allemagne d’origine étrangère qui ne vivent plus chez leurs parents et les enfants de familles monoparentales où le chef de famille est de nationalité allemande quand l’autre parent est étranger ou naturalisé. La pyramide des âges s’en trouve probablement un peu faussée. En 2013, alors qu’on dispose des deux définitions et d’une répartition par groupe d’âges, c’est en effet entre 20 et 45 ans que se rajoutent un peu plus des trois quarts de ceux qui ont échappé à la définition étroite. L’écart entre les deux séries devrait se creuser au fil du temps, au fur et à mesure que ceux qui naissent en Allemagne, de plus en plus nombreux, vieillissent.

Ça se complique encore !

À partir de 2016, le sondage a été refait à partir du fichier de recensement de 2011. La base de sondage, on l’a dit, a été le vieux recensement de 1987 mis à jour, jusqu’en 2015. À partir de 2016, l’échantillon du Mikrozensus provient du fichier du recensement de 2011 mis à jour. La comparaison avec les Mikrozensus précédents doit donc être menée avec prudence.

Mais, pour les résultats des Mikrozensus mis en ligne entre 2011 à 2015, Destatis avait publié une série corrigée depuis 2005, par rétropolation, sur les chiffres globaux, en tenant compte, c’est mon hypothèse, du recensement de 2011. En effet, comme on le voit sur le graphique ci-dessous, sans correction, la courbe d’évolution du nombre et de la proportion de personnes d’origine étrangère subit une forte discontinuité à la baisse.

C’est pourtant cette série sans correction qui est reprise en 2016. La série corrigée est ainsi abandonnée, tant pour la définition étroite que pour la définition large. Sur le graphique, le gros point bleu correspond aux données du recensement de 2011 et le petit rond vert clair en haut à droite du graphique est mon estimation de ce que pourrait donner la définition large en 2016.

La correction des années antérieures à 2011 me porte à penser que Destatis a quand même tenu comte du recensement de 2011 pour faire ces corrections, mais aussi pour améliorer sa base de sondage, sans quoi nous n’aurions pas ce bon emboîtement avec la série postérieure à 2011. J’ai essayé d’avoir des éclaircissements auprès de Destatis sur ce point sans succès. 

Évolution du nombre et de la proportion de personnes d’origine étrangère de 2005 à 2016 (avec ou sans correction). Source : Destatis

UNE AUGMENTATION IMPORTANTE DE LA POPULATION D’ORIGINE ÉTRANGÈRE SUR LA PÉRIODE RÉCENTE

Si l’on s’en tient aux données corrigées, dans sa définition large, la population d’origine étrangère en Allemagne a faiblement augmenté jusqu’en 2011. Le nombre corrigé de personnes d’origine étrangère aurait atteint 14,5 millions en 2005, puis 15,3 millions en 2011, représentant alors 19,2 % de la population. Cette population d’origine étrangère aurait ainsi gagné environ 900 000 personnes en six ans. Au cours des cinq années qui suivent, elle se serait accrue d’un peu plus de 4 millions et aurait gagné près de 5 points de pourcentage. En 2016, elle n’est probablement pas loin d’atteindre 20 millions de personnes, soit près de 24 % du nombre d’habitants en Allemagne. L’accélération depuis 2011 est très nette, surtout en fin de course (2015-2016). Il est possible que le changement de source de sondage ait joué quelque peu, mais, plus certainement, le fait que nombre d’immigrés arrivés en 2015 et qui étaient encore dans des habitats d’attente en 2015, sont désormais dans un logement ordinaire et figurent, en 2016, parmi les ménages enquêtés.

Dès que l’on souhaite des informations un peu détaillées, on est contraint, malheureusement, de se limiter à la définition étroite, disponible chaque année. Ce sera généralement le cas dans ce qui va suivre.

UNE MIGRATION RÉCENTE TRÈS MASCULINE

Les flux récents, composés massivement d’hommes, augmentent le sex/ratio de la population d’origine étrangère à certains âges, ce qui finit par se voir sur le sex/ratio de la population totale en Allemagne. L’effet est maximal à 20-25 ans : 1,22 homme pour 1 femme, contre 1,04 pour la population d’origine allemande ; ce qui donne près de 1,1 au final en Allemagne à cet âge (graphique ci-dessous).

Nombre d’hommes pour une femme en Allemagne selon l’origine en 2016. Source : Mikrozensus 2016, définition étroite, Destatis.

NATIONALITÉ ET LIEU DE NAISSANCE

Lorsqu’on décompose la population d’origine étrangère, selon le lieu de naissance (immigrés, natifs) et la nationalité (A/E), seul le nombre d’étrangers nés à l’étranger a beaucoup augmenté depuis 2011 (+2,7 millions en 5 ans ; + 55 %), surtout en fin de course. Cette évolution rend compte d’une partie des flux intenses des dernières années. Ce n’est sans doute pas fini, en raison du lissage produit par le Mikrozensus et de la sortie étalée dans le temps des migrants récents des habitats provisoires non enquêtés. Celui des nés en Allemagne de nationalité allemande a aussi augmenté de 1,2 million (+20 %). C’est dans cette catégorie que se retrouveront, en 2017, les Allemands nés en Allemagne de la définition large, qui ne sont pas comptés ici et dont on ne connaît pas exactement la marge de progression[8]. Pour le reste - immigrés devenus allemands et nés en Allemagne restés étrangers - l’évolution a été très faible (graphique ci-dessous).

Évolution des effectifs d’immigrés et de natifs d’origine étrangère selon leur nationalité actuelle (2011-2016). Source : Mikrozensus 2016, définition étroite, Destatis.

En 2016, sur les 18,6 millions de personnes d’origine étrangère (définition étroite), près de 9 millions sont encore de nationalité étrangère, soit encore près de la moitié. Parmi ceux qui sont Allemands, on dénombre 3,2 millions de rapatriés, des Allemands ethniques qui se sont déplacés des territoires anciennement communistes. Comme ce statut ne s’hérite pas, nous ne savons pas combien ils ont eu de descendants. Des 9,6 millions d’Allemands d’origine étrangère, un peu plus de la moitié sont des migrants (dont les rapatriés). Des 4,5 millions Allemands natifs d’origine étrangère, très peu sont naturalisés (11 %). Tous les autres sont nés Allemands, de deux parents non Allemands de naissance (47 %) ou d’un seul (42 %). C’est parmi eux que se trouvent les enfants de rapatriés.

Près de 2 millions de personnes déclarent une double nationalité, soit 2,4 %. Il s’en trouve très peu parmi les Allemands d’origine (0,4 %[9]). On a aussi quelques étrangers qui déclarent deux nationalités (1,4 % chez les immigrés comme chez les natifs). Chez les Allemands d’origine étrangère, les double-nationaux ne représentent qu’environ 19 % chez les immigrés et 15 % chez les natifs. Il y a peu de différences entre hommes et femmes et peu également selon le mode d’acquisition.

 

ORIGINES

L’Allemagne donne une répartition par origine, plus détaillée en 2015 et 2016 que dans les années précédentes, car des courants migratoires ont pris une certaine importance. Néanmoins une difficulté réside dans les cas jugés indéterminés par Destatis, liés au fait que le père et la mère ne sont pas toujours nés dans le même pays. Si un natif a un père né en Syrie et l’autre né en Irak, par exemple, son origine est jugée indéterminable ! Destatis refuse de choisir à la manière de l’Insee en hiérarchisant les sexes et en attribuant le pays du père, ou à notre manière (Bernard Aubry et moi) en hiérarchisant les origines.  À ces cas indéterminés, s’ajoutent les non réponses. L’ensemble représente quand même 7,4 % des personnes d’origine étrangère, soit près 1,4 million de personnes. 4 points de pourcentage sont attribuables aux immigrés, dont on peut penser qu’il s’agit alors d’un défaut de réponse. On sait qu’ils sont nés à l’étranger et ne sont pas Allemands de naissance, mais leur nationalité actuelle ou antérieure n’a pas été renseignée. Quant aux 3,4 % restant, ils touchent des natifs pour lesquels, dans un certain nombre de cas, Destatis n’a pas voulu trancher.  C’est, au total, plus d’un million de personnes chaque année, comme on le voit dans le tableau ci-dessous.

Répartition par nationalité actuelle ou antérieure des personnes d’origine étrangère en Allemagne en 2011, 2014, 2015 et 2016. Source : Mikrozensus, définition étroite, Destatis.

Les populations d’origine européenne dominent encore avec un nombre important  de personnes d’origine polonaise, comprenant vraisemblablement des Allemands ethniques. Contrairement à la France, les migrations africaines n’ont pas été très importantes, jusque-là. Ça pourrait changer à l’avenir. L’essentiel des migrations non européennes viennent de Turquie, du Kazakhstan (des rapatriés pour l’essentiel) et de Syrie. Ceux qui ont connu la migration, c’est-à-dire les immigrés, dominent ; en partie par construction en raison des limites imposées par la définition étroite.  C’est moins vrai de courants plus anciens, comme ou l’italien ou le turc.

On a deux facteurs de sous-estimation contradictoires  liés à l’ancienneté migratoire.

Le premier tient à la définition étroite.

Plus les courants sont anciens, plus les enfants d’immigrés ne vivant plus chez leurs parents sont nombreux. C’est vrai de la Turquie par exemple. Mais, le courant turc n’est pas encore suffisamment ancien pour que les enfants vivant au foyer des parents pèsent peu.

Le second tient à la méthode de sondage.

Pour les courants migratoires très récents, le Mikrozensus, réalisé tout au long de l’année, lisse les évolutions spectaculaires constatées en 2015-2016. Il ne comprend pas non plus, on l’a dit, les hébergements d’urgence. C’est sans doute pourquoi, on a enregistré 638 000 étrangers de nationalité syrienne en fin d’année 2016, mais seulement 521 000 personnes d’origine syrienne dans le Mikrozensus de la même année. Même si le Mikrozensus comble une partie de son retard sur la statistique des étrangers. En effet, en 2015, le nombre de personnes d’origine syrienne était de 172 000 alors que l’on comptait déjà 367 000 Syriens. Au contraire, pour le courant turc déjà ancien, on ne dénombrait que 1,5 million de Turcs fin 2016, alors que dans le Mikrozensus il y avait près de 2,8 millions de personnes d’origine turque (définition étroite).

La sous-estimation liée à l’adoption, pour les tableaux détaillés, de la définition étroite, minimise le nombre de descendants d’immigrés nés en Allemagne. C’est sans doute plus d’un million de personnes d’origine étrangère qui ne sont pas comptés dans la définition étroite en 2016. Destatis aurait avantage à changer son fusil d’épaule, à exploiter et diffuser les résultats tirés de la définition large, voire même à inscrire le recueil des informations sur les parents dans chacun de ses Mikrozensus, car cette dérive ne peut que s’accentuer au fil du temps.

DES POPULATIONS D'ORIGINE ÉTRANGÈRE BEAUCOUP PLUS JEUNES

S’il n’est pas possible de calculer l’apport démographique de l’immigration étrangère depuis la fin de la guerre, on peut au moins montrer la concentration des populations d’origine étrangère dans les jeunes âges. Compte tenu de la natalité allemande, c’est au plus bas de la pyramide des âges que la proportion de personnes d’origine étrangère est la plus élevée : 38 % à 0-5 ans et 37 % à 5-10 ans. À ces âges, la contribution repérée comme européenne est minoritaire, à l’inconnue près des origines indéterminées. La population d’origine étrangère étoffe donc la pyramide des âges allemande, pour au moins 30 %, jusqu’à 20 ans, puis connaît un rebond entre 30 et 45 ans (29 % à 30 %), comme l’indique le graphique ci-dessous.

Proportion de population d'origine étrangère (définition étroite) par groupe d'âges. Source: Mikrozensus 2016, définition étroite, Destatis.

LES POPULATIONS D'ORIGINE ÉTRANGÈRE SONT LOCALISÉS DANS LES LANDER DE L'OUEST ET À BERLIN

96 % des  personnes d’origine étrangère vivent dans les Lander de l’Ouest ou à Berlin. C’est encore vrai si l’on prend les moins de 18 ans : près de 96 % vivent à l’Ouest ou à Berlin. Mais les concentrations ne sont pas uniformes dans l’Ex-RFA, avec un minimum de 31,5 % de jeunes de moins de 18 ans d’origine étrangère en Basse-Saxe et un maximum de 50,5 % à Brême (graphique ci-dessous). À Berlin, c’est 45 % de la jeunesse qui est d’origine étrangère. Dans les Lander de l’Est, cette proportion ne dépasse guère 12 % (Saxe). La taille de l’échantillon du Mikrozensus ne permet pas de descendre à l’échelle des villes.

Si la population d’origine étrangère se trouve presque entièrement concentrée dans l’ex-RFA et dans Berlin, les Lander de l’Est ont pris le train en marche, si l’on peut dire, et avec réticence. Les personnes d’origine étrangère y sont encore plus souvent des immigrés qu’à l’Ouest (81 % contre 68 %). Les seuls groupes d’origine étrangère approchant le poids de ces Lander ou le dépassant sont liés à leur passé migratoire (15,6 % de personnes d’origine vietnamienne) ou aux flux récents : 16 % des personnes d’origine syrienne arrivées récemment sont dans ces Lander de l’Est. En 2016, on en compte donc presque autant (84 000) que de personnes d’origine polonaise (89 000). Ces Lander ont donc pris leur part des arrivées de Syrie[10]. Un peu plus d’une personne d’origine étrangère sur cinq y est d’origine soit polonaise, soit syrienne.

Proportion de jeunes (0-17 ans) d'origine étrangère dans les Lander allemands en 2016. Source : Mikrozensus 2016, définition étroite,Destatis.

PRINCIPAUX MOYENS DE SUBSISTANCE

Les Mikrozensus donnent aussi une idée des principaux moyens de subsistance des individus en fonction de l’origine. En moyenne, en Allemagne, une écrasante majorité vit des revenus de son travail, de pensions, des revenus familiaux (c’est le cas des enfants) ou exceptionnellement de rendements financiers d’actifs immobiliers ou non : au total près de 93 % en moyenne. C’est un peu moins vrai des personnes d’origine étrangère (86 %, contre 95 % pour celles d’origine allemande). Et parmi elles, les immigrés et notamment ceux qui sont de nationalité étrangère (83 % et 78 % respectivement). Les autres vivent des allocations chômage ou d’aide sociale. C’est par exemple le cas de 70 % des personnes d’origine syrienne arrivées récemment, de la moitié de celles d’origine irakienne et d’un tiers de celles d’origine afghane.

 

LA STATISTIQUE ALLEMANDE ET LA RELIGION

On sait que l’État prélève des taxes à la source pour ceux qui se déclarent chrétiens (catholiques, protestants, orthodoxes) ou juifs, pour financer ces cultes[11]. L’État allemand n’est donc pas gêné, comme on peut l’être en France, pour produire des statistiques sur la religion, laquelle est déclarée lors de l’enregistrement dans le registre communal. En 2011, dans l’enquête auprès des ménages et des collectivités, une première question cherchait à cerner l’appartenance aux religions financées par l’impôt. La seconde, facultative, concernait ceux qui n’en faisaient pas partie et pouvaient préciser s’ils avaient une religion ou une vision du monde relevant du christianisme, du judaïsme, de l’islam (avec la précision : sunnite, chiite, alevi), du bouddhisme, de l’hindouisme, ou autre ou s’ils n’en avaient pas. Ce sont exclusivement les religions qui  sont financées par l’impôt qui figurent dans les exploitations en ligne du recensement de 2011 par Destatis.

Les données mises en ligne sur le site de Destatis sont tirées de l’exploitation des registres de population, mis à jour lors de la procédure de recensement en 2011, pour l’essentiel[12]. Quelques unes proviennent d’extrapolations tirées à partir de l’enquête auprès des ménages. Mais toutes concernent, sous une forme plus ou moins condensée,  exclusivement les personnes ayant déclaré une religion appartenant aux sociétés religieuses de droit public financées par l’impôt. Les musulmans n’étant pas (encore ?) intégrés au dispositif de financement des cultes en Allemagne, aucune information n’est donnée à leur sujet. On sait qu’il y avait 83 430 personnes qui se sont déclarées de confession juive en 2011 mais on ne connaît pas le nombre de musulmans. On apprend que 85 % de ceux qui se sont déclarés juifs (0,1 % de la population) ne sont pas d’origine allemande, ce qui n’étonne guère, que 63 % de la population[13] s’est déclarée soit protestante, soit catholique (moitié-moitié).Il faut y ajouter 1,3 % d’orthodoxes et 2,7 % de religion « autre ». Tous les autres (musulmans, bouddhistes…) sont rangés aux côté de ceux qui se sont déclarés sans religion, soit au total 33 %. Se côtoient donc, dans cette catégorie, entre autres, des Allemands sans affiliation religieuse et des musulmans. Comme les juifs, les orthodoxes et ceux ayant déclaré une autre religion sont très massivement d’origine étrangère.

L’exploitation de la grosse enquête Ménages (échantillon de près de 10 % rappelons-le, soit près de 8 millions de personnes) donne des indications un peu plus intéressantes, mais en faisant toujours l’impasse sur les musulmans. On y apprend quand même que 17,4 % des personnes interrogées ont refusé de répondre. Mais ce refus de répondre est particulièrement élevé dans les Lander de l’Est, y compris à Berlin, avec un maximum de 45 % en Saxe-Anhalt, à comparer à une moyenne de 12,5 % en Allemagne de l’Ouest. Le communisme a visiblement laissé des traces. On n’aime pas trop avoir à parler de son éventuelle affiliation religieuse. Si 76 % des habitants de l’Ouest se sont déclarés chrétiens, ce n’est plus le cas que de 37,5 % de ceux de Berlin et même de 21 % seulement de ceux résidant en Saxe-Anhalt. Dans les anciens territoires de l’Est (hors Berlin) c’est, en moyenne 39 %, des habitants qui se déclarent sans religion, contre 5,5 % en Allemagne de l’Ouest. Le poste « Autre religion », dans lequel se trouvent ceux qui se sont déclarés musulmans est en moyenne de 5,3 %, mais monte jusqu’à 9 % à Berlin (tableau ci-dessous).

Répartition par affiliation religion déclarée en 2011 en Allemagne, par région. Source : Sondage Ménages du recensement de 2011, Destatis.

Dans les Lander de l’Est, ce sont les populations d’origine étrangère qui déclarent plus souvent une affiliation religieuse. La proportion de chrétiens est plus élevée parmi eux, de même que celle de personnes déclarant une autre affiliation religieuse. À Berlin aussi, mais avec, cette fois, près de 31 % de personnes d’origine étrangère d’une autre religion que le christianisme. À l’Ouest, ce sont les populations d’origine allemande qui déclarent plus volontiers une religion, à plus de 80 % le christianisme. Si cette affiliation religieuse domine aussi parmi les personnes d’origine étrangère, on compte 22 % d’entre elles qui se disent d’une autre religion (tableau ci-dessous).

Répartition par affiliation religion déclarée en 2011 en Allemagne, par région et origine. Source : Sondage Ménages du recensement de 2011, Destatis.

Si les données diffusées sur la religion mettent bien en relief la scission entre les anciens Lander communistes et ceux de l’Allemagne de l’Ouest, on regrette vraiment l’absence de tableaux disant quelque chose des musulmans en Allemagne. Pourquoi avoir distingué toutes les obédiences de l’islam si c’est pour n’en rien faire ? Si les musulmans représentaient en 2011 entre 4 % et 5 % des habitants, cela fait quand même un échantillon de 300 000 à 400 000 personnes, d’où il aurait dû être possible de tirer quelques informations, ne serait-ce qu’à l’échelon national.

 

[2] http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32008R0763&from=FR. Ajoutons que l’emploi du terme exhaustif n’est guère approprié puisque ces données peuvent être obtenues à partir d’ « une enquête appropriée avec roulement d’échantillons (recensement roulant) ». Ce que pratique la France depuis 2004.

[3] La forte contestation du recensement de 1987 explique sans doute en partie pourquoi l’Allemagne ne s’est pas lancée dans un recensement exhaustif. Un des buts annoncés de la procédure complexe mise en œuvre a été de « minimiser le poids que cela ferait peser sur la population ».  Le recensement de 2011 est donc une combinaison d’informations tirées des registres de population et d’enquêtes, dont une enquête auprès de près de 10 % de la population des ménages ordinaires. Les ménages collectifs (prisons, monastères, foyers…) ont été l’objet d’un recensement exhaustif. La procédure a permis de rectifier les registres de population et a conduit à une nouvelle évaluation du nombre d’habitants. Il n’existe pas, en Allemagne, de numéro individuel d’identification et la gestion des registres de population est entièrement décentralisée. Ce qui a compliqué la méthodologie.

[6] Notons que dans le recensement de 2011, la date frontière choisie est 1955. Sont ainsi comptés dans ce recensement comme d’origine étrangère les Allemands ethniques qui sont arrivés après 1955.

[7] La loi allemande qui a introduit le droit du sol (sont allemands ceux qui naissent en Allemagne de parents étrangers, tout en pouvant refuser de l’être à la majorité jusqu’à 23 ans) ne date que de 2000.

[8] Évalué à 624 000 lors de la publication des résultats du Mikrozensus de 2013, le nombre de ces Allemands, à la même date a été réévalué à 705 000 en 2016.

[9] C’est sans doute en partie lié à la définition étroite de l’origine étrangère. En 2013, dans la définition large, la proportion était de 0,1 %.

[10] Rappelons qu’on n’est pas toujours sûr qu’il s’agisse toujours de vrais Syriens, en raison de l’incitation à se déclarer Syrien et des trafics de vrais faux papiers suite à la guerre.

[11] Même si une communauté religieuse peut décider de prélever elle-même la taxe, après avoir eu accès aux déclarations de revenus des affiliés, ce qui lui évite de payer la retenue par l’État pour le service ainsi rendu. C’est le cas de la communauté juive de Berlin.

[12] https://ergebnisse.zensus2011.de/?locale=en#StaticContent:00,RELIGION_AUSF,m,

[13]  À l’exception des personnes vivant dans certaines collectivités.