STATISTIQUES SUR LES ORIGINES AUX PAYS-BAS (II)

9 mai 2019

 

Proportion de population d’origine étrangère par âge (1996-2018)

 La population d’origine étrangère est plus jeune que la population d'origine néerlandaise et pèse donc plus aux âges jeunes. En 1972, la proportion de population d’origine étrangère connaît un pic autour de 30-34 ans à 14,6 % mais, à 0-5 ans, elle est encore inférieure à 10 %. Il s’agit de personnes très massivement d’origine occidentale, on l’a vu. En 1996, un enfant de 0-5 ans sur cinq est d’origine étrangère et cette proportion diminue jusqu’à 75-79 ans, à l’exception du pic à 55-59 ans qui reproduit celui de 1972, 24 ans plus tôt. Ceux qui sont nés aux Pays-Bas de deux parents « immigrés » pourvoient surtout les effectifs des âges jeunes. Comme on le verra, les mariages mixtes ont été beaucoup moins fréquents parmi les immigrés d’origine extra-occidentale (d’origine turque et marocaine notamment). Le poids de la population d’origine étrangère en 2018 porte les marques d’un élargissement de sa base aux jeunes âges grâce aux naissances aux Pays‑Bas et d’une bosse, très marquée entre 30 et 44 ans, liée aux flux migratoires : 26,9 % des 0-5 ans sont d’origine étrangère, presque tous nés aux Pays-Bas, mais c’est encore le cas de plus de 30 % des 30-44 ans (graphique ci-dessous).

 

Évolution de la proportion de population d'origine étrangère par lieu de naissance et groupe d'âge en 1972, 1996 et 2018 (en %). Source : cbs.nl

Même si les données ne permettent pas de mesurer l’apport démographique de l’immigration étrangère des dernières décennies, la répartition par âge en fonction de l’origine montre un très net rajeunissement de la population des Pays-Bas, concentré sur les jeunes adultes, mais plus modeste dans le bas de la pyramide (graphique ci-dessous).

Répartition par groupe d’âges de la population des Pays-Bas selon l’origine en 2018 (%). Source : cbs.nl
On appelle natifs au carré les personnes nées aux Pays-Bas de deux parents nés aux Pays-Bas

En effet, d’après les données en ligne sur l’indicateur conjoncturel de fécondité en fonction de l’origine, les différences de fécondité sont minimes entre les natives au carré, les « immigrées » et les filles d’ « immigré(s) ». En 2010, ce sont ces dernières qui avaient la fécondité la plus basse (1,72 enfant par femme contre 1,82 pour les natives au carré). L’indicateur conjoncturel de fécondité, des « immigrées » comme des filles d’ « immigré(s) », évolue, pas seulement en raison des comportements féconds, mais aussi des effets de structure (composition par origine, par année d’arrivée pour les « immigrées »). Si la fécondité des natives au carré[1] a globalement baissé de 11 % depuis 2010 (1,62 enfant par femme en 2017, contre 1,82 en 2010), celle des « immigrées » ne reste que très légèrement supérieure (1,68 en 2017).  L’écart est beaucoup plus marqué en France, mais la définition des immigrés n’y est pas la même. En 2016, d’après l’Insee, les femmes immigrées auraient eu 2,73 enfants par femme, contre 1,80 pour les natives que, dans son jargon inimitable, l’Insee appelle « femmes non immigrées »[2].

 

Évolution de l’indicateur conjoncturel de fécondité selon l’origine de 2010 à 2017. Source : cbs.nl

Avec qui se marient les hommes et les femmes d’origine étrangère aux Pays-Bas ?

Les Pays-Bas recueillent les informations sur les mariages et les partenariats (introduits par une loi de 1998) enregistrés à l’état civil des personnes inscrites dans le BRP. Les unions célébrées à l’étranger y figurent donc et ont été mieux reportées dans le BRP, d’après cbs.nl, à partir de 2010.

Nous pouvons connaître la proportion de ces unions conclues avec des natifs au carré et, parmi les autres unions, la proportion de celles qui rassemblent deux conjoints de même origine ou non. Parmi les unions endogamiques du point de vue de l’origine, on sait aussi combien ont été célébrées à l’étranger et ont ainsi amené l’autre conjoint aux Pays-Bas. Tous ces détails sont connus pour les « immigrés » et les enfants d’ « immigrés ». Il s’agit d’unions célébrées par des personnes qui sont déjà dans le BRP, et par conséquent résident aux Pays-Bas au moment de la célébration. Ne sont donc évidemment pas comptées les unions qui ont eu lieu avant leur migration. On bave d’envie devant cette profusion d’informations inaccessibles en France.

Mariages ou partenariats avec des natifs au carré

La proportion d’unions avec un conjoint natif au carré est plus élevée chez les femmes que chez les hommes (10 points de pourcentage d’écart environ). Cet écart est entièrement dû aux unions conclues par des immigré(e)s entré(e)s célibataires. La mixité y est beaucoup plus faible chez les hommes. Les enfants d’immigrés, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, se sont mariés (ou ont conclu un partenariat) dans des proportions équivalentes : autour de 60 % au début des années 2000, mais 40 % seulement en 2017 (graphique ci-dessous).

Pourcentage de mariages ou de partenariats des hommes et des femmes d'origine étrangère avec des natifs au carré selon leur lieu de naissance.
Source : cbs.nl

Les personnes d’origine extra-occidentale concluent des unions beaucoup plus rarement avec des natifs au carré que les personnes d'origine occidentale. Tout particulièrement, lorsqu’il sagit de femmes nées aux Pays-Bas. Ainsi, elles ont été peu nombreuses à s’unir à des natifs au carré (19 % pour les deux sexes en 2017). Pour les femmes, c’est beaucoup moins que celles qui sont « immigrées » (33%, contre 14 % chez les hommes en 2017).

Cette faible mixité des unions est très marquée dans les deux groupes les plus importants, originaires du Maroc ou de Turquie. Les unions avec des natifs au carré y sont une rareté (proche de 10 %) et, particulièrement chez les femmes qui sont nées aux Pays-Bas et ont connu la plus grande proximité avec la société néerlandaise (graphiques ci-dessous).

Pourcentage de mariages ou de partenariats des hommes et des femmes d'origine marocaine avec des natifs au carré selon leur lieu de naissance.
Source : cbs.nl

Pourcentage de mariages ou de partenariats des hommes et des femmes d'origine turque avec des natifs au carré selon leur lieu de naissance.
Source : cbs.nl

La régression globale de la mixité des unions (mariages et partenariats) aux Pays-Bas tient au poids croissant des extra-occidentaux mais aussi à l’évolution qui a caractérisé les personnes d’origine occidentale où la mixité des unions des « immigrés », si elle est incomparablement plus élevée, a chuté, en liaison probablement avec les nouveaux flux européens d’après crise, particulièrement chez les hommes qui sont moins de 30 % en 2017 à avoir conclu une union avec une native au carré, contre 50 % au début des années 2000. Par contre, les unions mixtes des enfants d’ « immigrés » occidentaux sont restées très fréquentes : autour de 80 % des unions chez les femmes, un peu moins chez les hommes (graphique ci-dessous), mais leur poids dans l’ensemble des unions a considérablement baissé. En 2001, 73 % des unions impliquant des hommes nés aux Pays-Bas d’origine étrangère concernaient des hommes d’origine occidentale ; c’était le cas de 64 % des unions de femmes nées aux Pays-Bas d’origine étrangère. En 2017, dans les deux cas, la proportion n’est plus que de 40 %. Le poids croissant des nés aux Pays-Bas parmi les personnes d’origine extra-occidentale n’était pas en mesure d’améliorer la mixité des unions, tant elle y est faible.

Pourcentage de mariages ou de partenariats des hommes et des femmes d'origine occidentale avec des natifs au carré selon leur lieu de naissance.
Source : cbs.nl

Autres mariages et partenariats

Les autres unions sont conclues principalement avec des personnes de même origine (70% ou un peu plus en moyenne, mais plutôt 80 à 90 % chez celles d’origine marocaine ou turque). C’est un peu moins vrai des fils d’ « immigrés », surtout au début des années 2000, mais ça l’est plus des filles qui se sont mariées dans les années 2010. Ces évolutions tiennent à la composition par origine des enfants d’ « immigrés » en âge de se marier. Une bonne partie de ces mariages avec des compatriotes du pays d’origine correspondait à des migrations du conjoint après un mariage célébré dans ce pays. En 2004, les Pays-Bas ont durci les conditions de regroupement familial et, en 2006, ils ont introduit, en plus des tests d’intégration à passer sur place, des tests à passer – et à réussir – avant de venir. Étaient particulièrement visés les résidents d’origine marocaine et turque.

Les mariages endogames célébrés dans les pays d’origine ont très fortement diminué. Tout particulièrement pour les hommes et les femmes nés aux Pays-Bas d’origine marocaine ou turque. Ainsi, environ 60 % des mariages de fils et de filles d’ « immigrés » de Turquie avec des compatriotes étaient célébrés en Turquie au début des années 2000. En 2017, cette proportion n’est plus que de respectivement 11 % pour les hommes et de 16 % pour les filles. Ce qui réduit ainsi les flux familiaux suscités par des jeunes d’origine turque nés aux Pays-Bas.

Depuis la décision de la Cour d’appel du 6 août 2012, les Turcs ne sont plus soumis aux tests d’intégration avant de venir en vertu de l’accord d’association de l’UE qui dit, notamment dans son article 2 : «  L’accord d’association a pour objet de promouvoir le renforcement continu et équilibré des relations commerciales et économiques entre les parties contractantes, y compris dans le domaine de la main d’oeuvre, par la réalisation graduelle de la libre circulation des travailleurs ainsi que par l’élimination des restrictions à la liberté d’établissement et à la libre prestation des services, en vue d’améliorer le niveau de vie du peuple turc et de faciliter ultérieurement l’adhésion de la République de Turquie à la Communauté ». Néanmoins, on ne constate aucune reprise des mariages célébrés en Turquie pour les jeunes d’origine turque après cette décision. Le Pic de 2010 correspond à une amélioration de la déclaration de ces mariages dans le BRP (graphique ci-dessous). Cet ajustement des comportements est resté sans effet sur le choix du conjoint des jeunes nés aux Pays-Bas qui se porte toujours massivement sur un compatriote, mais résidant plus souvent déjà aux Pays-Bas.

Pourcentage de mariages avec un conjoint turc célébrés en Turquie parmi les immigrés et les nés aux Pays-bas d'origine turque. Source : cbs.nl

La nouvelle immigration syrienne

Jusqu’en 2012, l’immigration syrienne n’a guère dépassé quelques centaines d’immigrants chaque année. Elle a ensuite augmenté considérablement pour atteindre plusieurs pics en 2015 et en 2016, notamment celui de février 2016 avec 2817 entrées dans le mois. Le nombre de sorties du territoire est resté dérisoire (graphique ci-dessous).

Évolution du nombre mensuel d'entrées et de sorties de Syriens de janvier 1995 à 2019. Données provisoires en pointillés.
Source : cbs.nl

Cette vague migratoire syrienne a apporté une diaspora syrienne aujourd’hui conséquente (90 771 au 1er janvier 2018), alors qu’elle n’atteignait pas 4000 individus en 1996. C’est comme si la France comptait à la même date 342 000 personnes d’origine syrienne. Cette diaspora syrienne est pour l’instant composée massivement d’ « immigrés » (90 %), mais le nombre d’enfants d’ « immigrés » d’à peine 9 000 est appelé à s’accroître dans les années qui viennent surtout par les enfants nés d’unions entre deux personnes nées en Syrie, comme l’indique le graphique ci-dessous.

Évolution du nombre de personnes d'origine syrienne depuis 1996 selon leur pays de naissance et la composition du couple parental pour celles qui sont nés aux Pays-Bas (base 1 en 1996).
Source : cbs.nl

Concentrations dans les grandes villes néerlandaises

Comme dans les autres pays européens, la population d’origine étrangère (sur deux générations) est surtout concentrée dans les grandes villes. Au 1er janvier 2018, plus de la moitié (52,5 %) réside dans les 28 villes du pays d’au moins 100 000 habitants[3], contre 28,7 % des natifs au carré. Cette concentration urbaine est encore plus marquée pour la population d’origine extra-occidentale (59,3 %, contre 43,7 % des Occidentaux d’origine étrangère). Elle l’est encore plus dans les sept grandes villes[4] d’au moins 200 000 habitants où réside 35,5 % de la population d’origine étrangère (42,8 % des extra-occidentaux et 26,1 % des Occidentaux d’origine étrangère), mais seulement 12,2 % des natifs au carré.

Dans les trois plus grandes villes du pays, la population d’origine étrangère sur deux générations est majoritaire, avec la Haye en tête (53,7 %, tableau ci-dessous). Depuis 1996, ce n’est pas là où la proportion de population d’origine étrangère a le plus augmenté. C’est à Almere, quatrième ville du pays, où elle a presque doublé. Elle a beaucoup moins augmenté à Amsterdam  où se trouvait la concentration la plus élevée en 1996 (41,5 %). Mais c’est à Rotterdam que se trouve la plus forte concentration d’extra-Occidentaux (38,2 % des habitants de la ville au 1er janvier 2018).

Évolution de la proportion de personnes d'origine étrangère aux Pays-Bas, dans les villes où cette proportion dépasse la moyenne nationale en 2018, de 1996 à 2018.
Source : cbs.nl

 

[1] Nées aux Pays-Bas de deux parents nés aux Pays-Bas.

[2] Insee focus n° 136, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3675496

[3] Y compris Deventer qui compte 99653 habitants au 1er janvier 2018.

[4] Par ordre d’importance : Amsterdam, Rotterdam, La Haye, Utrecht, Eindhoven, Tilburg et Almere.