QUELQUES CURIOSITÉS DU BILAN DÉMOGRAPHIQUE INSEE JANVIER 2021

20 janvier 2021

 

L’Insee vient de publier son bilan démographique pour l’année 2020[1] dans lequel on apprend que la France a enregistré 45 000 décès de plus qu’en 2019, soit une hausse de 7,9 %, tout à fait inhabituelle, reflétant la situation sanitaire particulière de l’année. Autre effet de la pandémie, que l’on retrouve dans d’autres pays, « un recul historique du nombre de mariages » : -34,1 %. En Suède, par exemple, il a baissé de 21,1 % sur la période allant de janvier à novembre.

Mais ce bilan ne peut rien nous apprendre sur les flux migratoires, dont l’Insee donne un pâle reflet à travers un solde migratoire dont l’estimation est tout à fait provisoire et qui ne sera, de toute façon, que le résidu de l’équation démographique de l’année, lorsque les chiffres définitifs seront connus. D’autant que, suite à un changement de questionnaire en 2018, l’Insee a introduit un ajustement qui, lui aussi, est provisoire ! Lorsqu’on examine les estimations successives du solde migratoire, France entière, pour l’année 2017 avant la publication du chiffre définitif en janvier 2021, le moins qu’on puisse dire est qu’elles n’ont guère contribué à cerner l’évaluation finale : + 69 000 en janvier 2018, +58 000 en janvier 2019, +46 000 en janvier 2020 et… 155 000 en janvier 2021. Pour la France métropolitaine, on est parti de +79 000 pour finir à +167 000. C’est dire le caractère incertain de ces estimations.

Quant au solde naturel (naissances - décès), il est mieux connu parce qu’estimé à partir des données d’état civil, de janvier à novembre 2020. Malheureusement, comme c’est le cas depuis quelques années, certains tableaux et graphiques portent sur des champs différents, avec ou sans Mayotte[2]. C’est le cas pour la fécondité et le nombre de naissances. Ce qui fait que le texte et un tableau annoncent un indicateur conjoncturel de fécondité[3] à 1,84 enfant par femme quand le graphique portant sur la France hors Mayotte le place à 1,82. L’Insee s’entête aussi à ne voir la fécondité baisser qu’après 2014 (année d’introduction de Mayotte dans la statistique), alors quelle a commencé à fléchir après 2010 – point le plus haut : 2,03 enfants par femme -, même si c’est à un rythme alors beaucoup plus lent.

Bilan démographique en France métropolitaine

Comme l’Insee publie aussi sur son site les données correspondantes pour la France métropolitaine, il n’est peut-être pas inutile d’examiner son bilan démographique.

L’excès de mortalité lié à la pandémie, combiné à un nombre de naissances toujours plus bas (- 13 000  naissances en un an) donne un solde naturel extrêmement faible (+57 000), et l’accroissement démographique le plus bas jamais atteint depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale (+ 126 000), compte tenu des estimations par l’Insee du solde migratoire et de l’ajustement (cf. tableau ci-dessous).

Composantes de la croissance démographique en France métropolitaine de 2000 à 2020. (p) comme provisoire. Le solde migratoire estimé en 2018, 2019 et 2020 fait la moyenne des trois soldes migratoires définitifs précédents, en attendant d’en savoir plus. Source : Insee, https://www.insee.fr/fr/statistiques/5007690?sommaire=5007726#titre-bloc-1.

Naissances et fécondité

En France métropolitaine, le nombre de naissances a diminué de 12,6 % depuis 2010 (-101 000 naissances), avec un palier en 2013-2014 (graphique ci-dessous). Cette baisse est liée à celle du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants – tout particulièrement entre 20 et 40 ans[4] - mais aussi au recul de la fécondité. En France métropolitaine, l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) a baissé de 10,7 % sur l’ensemble de la période, passant de 2,02 enfants par femme en 2010 à 1,80 en 2020. Pour plus de clarté, le graphique ci-dessous indique l’évolution de l’ICF pour les trois champs géographiques : France métropole, France hors Mayotte et France entière y compris Mayotte. L’élargissement à l’Outre-mer ne freine que très légèrement la baisse de fécondité.

Évolution du nombre de naissances en France métropolitaine de 2000 à 2020 (à gauche) et de l’indicateur conjoncturel de fécondité en France métropolitaine, en France hors Mayotte et en France entière y compris Mayotte (à droite) de 2000 à 2020. Source : Insee, https://www.insee.fr/fr/statistiques/5007692?sommaire=5007726 et https://www.insee.fr/fr/statistiques/5012724?pk_campaign=avis-parution#tableau-figure2_radio1.

L’âge moyen à la maternité a continué d’augmenter. Gagnant autour de 0,1 an chaque année depuis 2010, il est proche de 31 ans en 2020 (30,9 ans exactement). Plus on retarde la venue des enfants plus il est difficile de compenser aux âges plus avancés ce qui a été perdu dans les âges plus jeunes, comme l’indique le graphique ci-dessous. Le taux de fécondité des femmes a baissé en 10 ans de 19 % à 25-29 ans et de 6 % à 30-34 ans, âges de la plus forte fécondité. Baisse que ne peut compenser la remontée poussive après 35 ans, qui s’apparente à une stagnation depuis 2014 à 35-39 ans.

Évolution des taux de fécondité par grand groupe d’âges (en %) en France métropolitaine, de 2000 à 2020. Source : Insee, https://www.insee.fr/fr/statistiques/5007692?sommaire=5007726.

Si La France (métropolitaine ou entière) reste encore probablement le pays de l’UE où la fécondité est la moins basse - c’était le cas en 2018, devant la Roumanie et l’Irlande, d’après les statistiques d’Eurostat[5] -, cette performance devient, de moins en moins, un motif de vantardise.

Pas de quoi se vanter non plus quant aux informations que l’on peut réunir sur la question migratoire à partir des bilans démographiques de l’Insee, contrairement à d’autres instituts nationaux, notamment ceux des pays du nord de l’Europe.



[2] 257 000 habitants en 2017.

[3] Appelé trop souvent improprement taux de fécondité. Rappelons que cet indicateur est la somme des taux de fécondité par âge de l’année et s’exprime en nombre d’enfants par femme. Chaque âge pèse d’un même poids. Ce qui neutralise les effets de structure par âge.

[4] Baisse évaluée à 4,8 % par l’Insee, de 2010 à 2020, pour la France entière hors Mayotte.

[5] En 2018, 1,87 enfant par femme en France entière, 1,76 en Roumanie, 1,75 en Irlande, à comparer à 1,26 en Espagne et 1,29 en Italie. https://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/submitViewTableAction.do.