IMMIGRATION ÉTRANGÈRE ET PANDÉMIE EN 2020

22 Janvier 2021

 

Comme chaque année, le Département des Statistiques, des Études et de la Documentation (DSED) du ministère de l’Intérieur vient de mettre en ligne le nombre définitif de 1ers titres de séjour délivrés en 2019 et son estimation, pour 2020, à partir des titres délivrés, enregistrés dans l’application AGDREF en 2020. Ils le sont incomplètement en janvier 2021. Le chiffre provisoire du mois de juin 2021 sera un peu plus sûr que l’estimation de janvier mais il faudra attendre janvier 2022 pour avoir le chiffre définitif.

Le DSED estime à 220 535 le nombre de premiers titres de séjour délivrés en 2020, à comparer aux 277 406 1ers titres effectivement délivrés en 2019 ; soit une baisse de 20,5 %. Ce qui ramène 2020 presqu’au niveau de 2015 (graphique ci-dessous). C’est une chute sévère, qui rompt avec la tendance haussière mais qui laisse subsister un flux encore important.

Évolution du nombre de 1ers titres de séjour délivrés par le ministère de l’Intérieur de 1997 à 2020.
Champ : pays tiers à l’Espace économique européen et à la Suisse, dans un périmètre commun à partir de 2007.
Source : AGDREF, DSED, ministère de l’Intérieur, estimation pour 2020.

Ce recul est également visible chez nos voisins européens. Notamment dans les pays du nord de l’Europe qui disposent de registres de population de bonne qualité et peuvent, indépendamment de la délivrance des titres de séjour, donner des informations, elles aussi provisoires, à partir de ces registres, sur l’évolution mensuelle (janvier-novembre pour la Suède et les Pays-Bas) ou trimestrielle (Trois premiers trimestres pour le Danemark et la Norvège) pour l’année 2020. En estimant la dernière donnée manquante (décembre ou 4ème trimestre) à partir de la moyenne des évolutions sur les quatre années précédentes, on obtient une estimation du flux 2020 pour ces quatre pays. L’immigration y aurait chuté plus ou moins fortement en un an : -19 % aux Pays-Bas, -27 % au Danemark et en Norvège et -32 % en Suède.

Mais ce recul se situe sur des trajectoires différentes (graphique ci-dessous). Il est plus grand dans les pays où la trajectoire d’évolution de l’immigration était déjà à la baisse, comme en Norvège (depuis 2012), au Danemark et en Suède (depuis 2017). Ce qui suggère que l’immigration y aurait probablement diminué de toute façon, mais moins vite. La trajectoire française à la hausse ressemble plus à celle observée aux Pays-Bas où l’immigration s’est envolée bien plus vite qu’en France après 2012 et où la pandémie a causé une rupture dans l’évolution de l’immigration étrangère comparable à celle observée en France.

Évolution (base 1 en 2008) de l’immigration étrangère en France, au Danemark, en Norvège, aux Pays-Bas et en Suède depuis 2008.
Champ : Pays tiers à l’Espace économique européen pour la France, tous pays pour le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède.
Source : délivrance de 1ers titres de séjours d’après AGDREF, DSED du ministère de l’Intérieur pour la France. Données annuelles et estimations, pour 2020, à partir de données mensuelles ou trimestrielles tirées des registres de population des instituts de statistique du Danemark, de Norvège, des Pays-Bas et de Suède.

L’outil statistique français ne permet pas à l’Insee d’offrir une statistique fraiche de l’immigration allant au-delà du champ d’enregistrement du ministère de l’Intérieur. La dernière estimation définitive réalisée à partir des enquêtes annuelles de recensement publiée en juin 2020[1] par l’Insee porte sur 2016. S’y ajoutent deux estimations provisoires pour 2017 et 2018. Si tout va bien, l'Insee pourrait nous éclairer sur le recul de l’immigration étrangère en 2020 avec un chiffre définitif en 2024. Mais l’absence de collecte de recensement en 2021, pour cause de pandémie, ne va pas lui faciliter la tache.