FAIBLE CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE EN SUÈDE EN 2020

 

1er mars 2021

 

Statistics Sweden vient de publier son bilan démographique définitif de l’année 2020 en titrant : Le plus faible accroissement démographique en 15 ans. Cette faible croissance démographique s’explique par un solde naturel en baisse mais surtout par une réduction de l’immigration nette  avec des entrées beaucoup moins fréquentes et légèrement plus de sorties du territoire. Au total, avec 10,4 millions d’habitants au 31 décembre janvier 2020, la population s’est accrue, ajustement compris[1], de 51 706 personnes, soit près de deux fois moins qu’en 2019. Mais l’immigration nette a été le principal contributeur à cet accroissement : +33 581 contre 14963 pour le solde naturel. Ce qui a été le cas sans discontinuer depuis 1993.

Un solde naturel en baisse

Ce solde naturel a diminué de 42 %, recul dû presque entièrement à la mortalité exceptionnelle liée à la pandémie. Le nombre de décès a augmenté de 10,5 % en un an (+7,9 % par rapport à la moyenne des cinq années antérieures). Si l’on compare aux deux années précédentes (2018 et 2019), l’excédent en décès en 2020 est très localisé sur les mois d’avril (+39,2 %), mai (+26,5 %) et décembre (+ 28,1 %). Cette surmortalité a touché plus les hommes que les femmes.

Le nombre de naissances n’a que légèrement diminué en 2020. Son évolution tient à celle de la fécondité bien sûr, mais aussi au nombre de femmes en âge d’avoir des enfants et à leur répartition par âge. Ainsi le nombre de naissances et l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) évoluent-ils de concert, à la hausse, dans la première décennie du XXIème siècle. Mais leur tendance diverge à partir de 2012, le nombre de naissances continuant de croître jusqu’en 2016, tandis que le nombre moyen d’enfants par femme diminue. Après 2016, l’évolution du nombre de naissances accompagne mollement la baisse accentuée de l’indicateur conjoncturel de fécondité. Ce dernier a perdu 0,3 points en dix ans (graphique ci-dessous).

 

Évolution (base 1 en 2000) du nombre de naissances et de l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF). Source : Statistics Sweden.

Le nombre de femmes en âge de procréer a augmenté sur les deux décennies de près de 12 %, à un rythme variable selon les périodes. Mais le nombre de celles âgées de 25 à 39 ans - âges auxquels la fécondité est la plus forte - après avoir régressé jusqu’en 2008, s’est à nouveau accru, à un rythme très soutenu, tout particulièrement de 2014 à 2019 (graphique ci-dessous). Ce qui a pu pallier un temps le déclin de la fécondité et expliquer ainsi la poursuite d’une croissance modérée du nombre de naissances. Mais après 2016, c’est l’évolution de la fécondité qui l’emporte.

Évolution (Base 1 en 2000) du nombre de femmes âgées de 15-50 ans et de 25-39 ans jusqu’en 2020. Source : Statistics Sweden.

En fait, c’est principalement grâce à l’immigration que le nombre de femmes en âge de procréer a augmenté sur l’ensemble de la période. Le nombre de femmes d’origine suédoise âgées de 15-50 ans a baissé presque tout du long. Aussi, la part des femmes d’origine suédoise dans l’ensemble des femmes âgées de 15-50 ans n’a-t-elle cessé de reculer. Elle est passée de 73,4 % en 2002 à 61 % en 2019 (le chiffre pour 2020 n’est pas encore disponible), principalement sous l’effet d’arrivées de femmes nées à l’étranger. En effet, en 2019, 25,8 % des femmes âgées de 15-50 ans sont nées à l’étranger, soit 10,4 points de plus qu’en 2002 (graphique ci-dessous).

Évolution de la composition par origine des femmes âgées de 15-50 ans de 2002 à 2019. Source : Statistics Sweden.

La fécondité des femmes nées à l’étranger est globalement supérieure à celle des femmes nées en Suède. Sans elles, ces dernières n’auraient eu que 1,60 enfant par femme en 2020 contre 1,69 au total. Mais cette fécondité des femmes nées à l’étranger dépend du pays de naissance. Sur ce sujet, Statistics Sweden classifie les pays en dehors de l’Europe en fonction de l’indice de développement humain (HDI) forgé par les Nations unies. C’est parmi les femmes nées en dehors de l’Europe dans des pays dont l’HDI est bas que la fécondité est la plus forte (2,93 enfants par femme en 2020), devant celles nées dans des pays dont l’HDI est moyen (2,1 enfants par femmes). Dans les premières se trouvent, par exemple, les femmes nées en Afghanistan et dans les secondes, celles nées en Syrie.

L’origine des enfants nés en Suède âgés de moins d’un an donne une indication de l’effet de la part prise par l’immigration dans la natalité suédoise. En 2019, 38,4 % de ces nouveaux-nés ont au moins un parent né à l’étranger contre 23,7 % seulement 17 ans plus tôt, soit une hausse de près de 15 points. Si la part de ces nouveaux nés d’origine étrangère frôle la majorité dans les grandes villes en 2019, l’écart avec les autres types de communes suédoises a eu tendance à se réduire au fil du temps. Même dans les communes rurales, la proportion de nouveaux-nés d’origine étrangère atteint désormais 30 %. Cette évolution témoigne de la dispersion des immigrants au-delà des grands centres urbains, dispersion voulue par les responsables politiques (graphique ci-dessous).

Proportion d’enfants âgés de moins d’un an nés en Suède et ayant au moins un parent né à l’étranger selon le type de commune de 2002 à 2019. Source : Statistics Sweden.

Une immigration en fort recul en 2020

L’immigration de personnes nées à l’étranger, qui avait connu un pic en 2016 à 147 687, n’a cessé de décliner depuis. En 2019, elle a déjà baissé de 30 %. La pandémie va précipiter cette baisse. En 2020, cette immigration représente à peine la moitié de celle enregistrée en 2016, soit un niveau intermédiaire entre le flux de 2005 et celui de 2006. En un an, elle a chuté de 31,8 %. Le courant syrien qui représentait 35 % des entrées en 2016 s’est fortement amenuisé. En 2020, les entrées de personnes nées en Syrie ne représentent plus que 5 % du flux de l’année. Elles se classent pourtant en deuxième rang derrière les personnes nées en Inde (tableau ci-dessous). Ce sont assez souvent les courants migratoires les plus représentés en 2019 qui ont le plus chuté.

Si, globalement, c’est l’immigration masculine qui a été la plus touchée, tout dépend des courants migratoires. Le nombre d’entrées de personnes nées en Afghanistan a chuté de 75 % pour les hommes, contre -42 % pour les femmes. Mais c’est l’inverse pour les immigrants nés en Érythrée ou au Pakistan.

Immigration en 2020 et son évolution par rapport à 2019 par pays de naissance et sexe pour quelques uns des courants migratoires les plus importants en 2019. Source : Statistics Sweden.

Vraisemblablement, l’immigration aurait continué de baisser sans pandémie, comme l’indique l’évolution mensuelle depuis 2016, point le plus haut des deux décennies du XXIème siècle. Le flux des mois de janvier et février 2020 est déjà très en retrait sur celui des années précédentes alors que l’on ne parle pas encore de pandémie, laissant présager un flux annuel bien inférieur à celui de 2019. Il décroche très nettement en avril, mai et juin, pour reprendre ensuite à un rythme, certes en retrait par rapport à 2019, mais qu’il aurait peut-être connu même en l’absence de pandémie. Finalement, le décrochage de l’immigration en 2020 résulte de l’effet combiné d’un recul tendanciel depuis le pic de 2016 (accentué en 2020) et de la pandémie, cette dernière n’ayant pas forcément joué le rôle le plus important.

Distribution mensuelle des entrées de personnes nées à l’étranger* de 2016 à 2020. Source : Statistics Sweden.
* Ont été retirées les entrées des personnes nées en Suède, en leur attribuant le calendrier d’ensemble du flux d’immigration de l’année, qui est seul connu. Avec ou sans elles, l’évolution n’en est guère affectée.

Grâce à son registre de population, la Suède dispose d’un outil statistique qui permet à Statistics Sweden de produire un bilan démographique définitif de l’année moins de deux mois après son terme. En février, on connaît le chiffre définitif des naissances et des décès mais aussi, et cela nous change de la France, celui des flux migratoires. La parution de données mensuelles sur l’immigration, que l’on ne s’attend pas à voir paraître en France, qu’il s’agisse de l’Insee ou du Département des statistiques et de la Documentation (DSED) du ministère de l’Intérieur, permet de se faire une idée de l’impact de la pandémie sur le flux d’immigrants. Celui-ci n’a probablement pas été aussi important que ce que pouvait laisser penser le seul examen du chiffre annuel.

 


[1] L’ajustement est la part de l’accroissement de la population qui ne tient ni au solde naturel ni au solde migratoire de l’année. Il comprend des naissances, décès, immigrations et émigrations qui ont été  enregistrés en 2020 mais se sont produits avant le 1er janvier. Il était de + 3172. On rattrape ainsi, en quelque sorte, ce qui n’a pas été enregistré à temps l’année d’avant.