DAVID GOODHART

THE ROAD TO SOMEWHERE 

THE NEW TRIBES SHAPING BRITISH POLITICS

https://www.amazon.fr/Road-Somewhere-Shaping-British-Politics-ebook/dp/B071L9N9BB/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1509018673&sr=8-2&keywords=the+road+to+somewhere

 

David Goodhart est le fondateur de la revue anglaise Prospect et appartient plutôt au Centre-Gauche libéral. Il a passé une bonne partie de sa vie d’adulte dans la minorité privilégiée qu’il appelle les Anywheres, que je propose de traduire par Nimportoutistes. Après la publication d’un article intitulé “Too diverse ?” dans la revue Prospect le 20 février 2004 (https://www.prospectmagazine.co.uk/magazine/too-diverse-david-goodhart-multiculturalism-britain-immigration-globalisation) et republié dans Le Guardian en deux épisodes (https://www.theguardian.com/politics/2004/feb/24/race.eu et https://www.theguardian.com/politics/2004/feb/24/immigrationandpublicservices.eu), il s’est retrouvé sous le feu de l’artillerie habituelle, au Royaume-Uni comme en France, qui vous accueille dès que vous exprimez un point de vue qui manque d’enthousiasme sur l’immigration. On l’a accusé de “nice racism” et de “liberal Powellism”. Si, en France, l’injure disqualifiante c’est Le Pen ou Vichy, au Royaume-Uni,  c’est l’évocation d’Enoch Powell. Ce parlementaire conservateur avait prononcé le 20 avril 1968 un discours intitulé « Rivières de sang » lors d’une réunion régionale de son parti alors que l’on débattait au parlement d’une loi sur les relations raciales. Il prédisait un avenir sombre au Royaume-Uni  en raison de l’immigration en provenance de l’ancien Commonwealth et de ses effets démographiques (http://www.telegraph.co.uk/comment/3643826/Enoch-Powells-Rivers-of-Blood-speech.html). Son discours fut l’objet d’une polémique si vive qu’il fut obligé de démissionner du Shadow Cabinet où il occupait le poste de ministre de la Défense. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_des_fleuves_de_sang).

David Goodhart s’est progressivement éloigné de l’orthodoxie libérale. Il a publié en 2013 un livre sur l’immigration (The British Dream, Successes and Failures of Post-War Immigration, Atlantic Books, 416 p.) et est de plus en plus convaincu que la gauche a fait fausse route en montrant trop d’enthousiasme à l’égard de l’immigration et trop d’indifférence pour l’identité nationale, alors que les classes populaires fuient cette gauche pour les Tories et le UKIP. David Goodhart se décrit comme un Nimportoutiste apostat qui a l’avantage de pouvoir apprécier les deux points de vue, celui des Nimportoutistes (NP) et celui des Quelquepartistes (QP) – Somewheres en anglais - dont il veut se faire l’avocat.

Il a publié un nouveau livre en mars 2017, réédité en poche en septembre sous le titre The Road to Somewhere : The New Tribes Shaping British Politics (Penguin Books Ltd, 304p.), dans lequel il décrit les nouvelles fractures de la vie politique au Royaume-Uni, un peu comme l’a fait Christophe Guilluy d’un point de vue plus socio-géographique, pour la France, et propose des remèdes urgents. David Goodhart a écrit ce livre pour alerter sur le retour de flamme qui pourrait accompagner un statu quo politique, avec une élite dirigeante acquise au double libéralisme économique et social refusant d’entendre les griefs d’une majorité qui déplore l’évolution culturelle qui a accompagné l’immigration massive et les transformations ethniques ainsi induites. Les partis dits populistes ne semblent pas devoir disparaître simplement par l’expression du  mépris qu’on leur porte, l’indifférence ou l’insulte. Le livre de David Goodhart traite principalement du Royaume-Uni, tout en relevant des tendances qui dépassent les frontières de ce pays.

La déclaration de Tony Blair, au moment de quitter son poste en 2007, ne peut manquer de trouver un écho en France, pays qui a vu les deux principaux partis sombrer, tout particulièrement le parti socialiste, lors des dernières élections. En 2007, Tony Blair déclarait que la politique moderne a moins à voir avec les positions traditionnelles de droite ou de gauche qu’avec le choix moderne entre ouverture et fermeture. Peut-être la France traverse-t-elle, avec son nouveau jeune président, une expérience à la Tony Blair, mais avec pas mal de retard. Ce qui devrait l’amener à réfléchir à la manière dont s’est retourné cet appel à l’ouverture et à la modernité, près de 10 ans plus tard au Royaume‑Uni.

 

QUI SONT LES QUELQUEPARTISTES (QP) ET LES NULLEPARTISTES (NP) ?

 

L’identité des NP s’est construite à partir de leurs études et de leur succès professionnel dont les bénéfices sont transportables partout dans le monde. Les NP sont moins sensibles à l’endroit où ils vivent. L’inter-connectivité et le récit mondialiste dans des nations qui s’affaiblissent, c’est leur histoire et leur mode de vie.

Si une partie de l’élite traditionnelle britannique garde des racines dans le Sud-Est de l’Angleterre et à Londres, elle a moins de contacts avec les QP auxquels elle était autrefois liée à travers les possessions foncières, l’église, l’armée ou comme employeur. Cette élite a absorbé la nouvelle élite issue de la méritocratie et a évolué vers une idéologie plus libérale caractéristique des NP, un individualisme progressiste.

Les NP valorisent l’autonomie, la mobilité, tout ce qui est nouveau et s’intéressent peu à la tradition, aux symboles nationaux. Ils sont favorables à l’immigration, à l’intégration européenne et aux droits de l’homme et relativisent l’appartenance nationale. Ils ont peur des vieux démons du nationalisme et s’ils acceptent l’idée d’enracinement dans des traditions culturelles, c’est seulement lorsqu’il s’agit des minorités. Leur maître mot est la réalisation personnelle. Ils peuvent être patriotes mais sont aussi citoyens du monde.

Côté Centre-gauche, on trouvera les professions médicales, éducatives, des médias et des industries créatrices.

Côté Centre-droit, les NP travaillent plutôt dans la finance, les affaires, la comptabilité et les professions juridiques.

Ils forment à peu près, nous dit David Goodhart, un quart de la population avec un noyau extrême d’adeptes du village global de 3 à 5 %.

David Goodhart donne quelques exemples de déclarations de NP très en vue, dans l’entre-soi confortable de réunions élitaires. Il raconte ainsi un dîner à Oxford en 2011 pendant lequel son voisin de table, Gus O’Donnell, à qui il expliquait qu’il était en train d’écrire un livre sur l’immigration lui répondit, n’imaginant pas une seconde que son voisin puisse penser autrement : « Quand j’étais au trésor, j’ai toujours plaidé pour que la porte soit la plus grande ouverte possible à l’immigration… Je pense que c’était mon travail de maximiser le bien-être mondial, pas le bien-être national ». Le directeur de la BBC d’alors, Mark Thompson, s’était montré tout à fait d’accord. Ce sont des points de vue normaux, nous dit David Goodhart, dans certains cercles qui regroupent probablement 10 % de l’opinion publique. Il raconte aussi une anecdote très significative lors d’une soirée célébrant l’anniversaire, en 2007, d’un membre important des députés du Labour, à laquelle beaucoup d’intellectuels de gauche participaient. La discussion porta sur le slogan de Gordon Brown – des emplois britanniques pour des travailleurs britanniques – qui souleva les réprobations de l’assistance jusqu’à ce que le démocrate libéral du Cabinet d’un ministre de la coalition déclare, sous l’approbation générale : « c’est du racisme, purement et simplement ».

David Goodhart se demande s’il est bien sain que des personnes aussi puissantes pensent si différemment du commun des mortels et soient tellement offusquées par une manière de penser qui était commune à l’ensemble des Britanniques il n’y a pas si longtemps.

Les QP  moyens ont plutôt des revenus médiocres et ont quitté l’école trop tôt. Ils sont plus âgés, plus ancrés dans les petites villes, le suburbain ou les anciennes zones industrielles et maritimes. Ils accordent beaucoup d’importance à la famille, à la sécurité et ont de forts attachements locaux ou nationaux. Ils n’aiment pas trop le changement et sont nostalgiques du Royaume-Uni d’avant. Ils ne constituent pas pour autant une collection de ringards qui n’auraient pas digéré la révolution égalitaire des années 1960, notamment les plus jeunes. Mais ils préfèrent les formes traditionnelles de la famille et se méfient du relativisme. Ces QP représentent, d’après David Goodhart, une moitié de la population avec, en leur sein, une petite minorité (5 à 7 %) d’autoritaires fanatiques.

Le dernier quart restant, qu’il appelle les Inbetweeners, est formé de ceux qui empruntent un peu aux deux groupes. On pourrait traduire Inbetweeners par Indécis.

David Goodhart ne sort pas ces chiffres de son chapeau mais s’est appuyé sur les enquêtes décrivant les attitudes des Britanniques face aux évolutions sociales pour se faire une idée de ce pèsent les NP et les QP.

L’étude des enquêtes mondiales sur les valeurs (World Values Surveys ; six vagues depuis le début des années 1980) met aussi en évidence l’évolution vers la vision du monde des NP en Europe et en Amérique du Nord. Lorsque les sociétés s’enrichissent, les gens se détachent des « valeurs de survie » liées à l’appartenance à une famille, une tribu ou tout autre groupe et ont tendance alors à accorder plus d’importance à la liberté qu’à la sécurité, à l’autonomie qu’à l’autorité. Par ailleurs, la culpabilité historique liée à la colonisation est plus enracinée dans les élites politiques et culturelles du Royaume-Uni. Elle leur fournit aussi un argumentaire facile pour défendre ce qu’elles prônent.

Le plaidoyer incessant des NP en faveur de l’ouverture, de la tolérance, de la différence conduit à une radicalisation bien inutile des QP. Les objectifs des premiers seraient mieux servis s’ils veillaient à insister sur les pratiques et croyances partagées plutôt qu’à exacerber les différences et à faire de la surenchère sur l’ouverture.

On décrit souvent l’influence néfaste du noyau radical des QP, sans faire de même avec le noyau radical des NP, adeptes du village global qui radicalisent les NP vers toujours plus d’ouverture. David Goodhart cite ainsi les propos de Peter Sutherland, l’ancien président de Goldman Sachs, tenus lors d’une conférence à la Chambre des Lords en 2012, qui illustrent bien la radicalité des adeptes du village global. D’après Peter Sutherland, l’Union européenne devrait faire de son mieux pour saper l’homogénéité des états membres, favoriser l’immigration, cruciale pour la croissance économique, « quelle que soit la difficulté qu’il y ait à l’expliquer aux citoyens de ces États ». C’est le genre de propos qui exaspère et favorise la radicalisation les QP accusés de racisme en raison de leur manque d’ouverture. Et même lorsqu’on a affaire à du racisme, nous dit David Goodhart, ce n’est pas seulement une affaire de couleur, mais de comportements, d’attitudes, de valeurs, de modes de vie et de défi ainsi lancé aux normes dominantes.

 

LE MALENTENDU DU BREXIT : QUESTION IDENTITAIRE ET CULTURELLE PLUTÔT QU'ÉCONOMIQUE

 

L’élection de Donald Trump et le vote en faveur du Brexit ne sont que les manifestations d’un problème négligé par les élites dirigeantes acquises à l’idéologie NP. Ces événements ont amené sur le devant de la scène politique les préoccupations des QP jusque là négligés par une classe politique qui se recrute quasi-exclusivement parmi les NP. L’élection de Donald Trump et le Brexit seront vus plus tard, nous dit David Goodhart, comme le moment où les politiques culturelles et identitaires sont venues contester les politiques de gauche comme de droite. En dépit d’un habillage de classe, les deux partis centraux ont convergé sur les questions économiques. En matière sociale, au Royaume-Uni, l’universalisme de gauche et l’individualisme de la droite libérale s’accordent pour soutenir le point de vue NP. En gros, l’universalisme de gauche fondé sur l’engagement historique en faveur de l’égalité raciale et l’individualisme de droite pour qui « la société n’existe pas » tirent dans le même sens.

L’élection de Donald Trump et le Brexit ne se sont pas faits sur l’économie. “It’s the economy, stupid !” n’est plus à l’ordre du jour. Ce que les NP n’ont pas compris, puisqu’ils ont traité les Brexiters d’imbéciles qui auraient ainsi voté contre leurs propres intérêts. Cette interprétation en dit long sur l’éloignement des NP d’un point de vue qui ne serait pas seulement centré sur l’individualisme et la réussite personnelle. Comment peut-on voter contre son intérêt économique ? Eh bien, tout simplement parce qu’on accorde plus d’importance à d’autres choses. Elle marque aussi un préjugé de classe. Comment des gens dont les emplois sont si précaires et si menacés peuvent-ils penser à autre chose ? Quand les gens riches votent pour payer plus d’impôts, on trouve leur sacrifice admirable, nous dit David Goddhart. Quand des gens pauvres placent la reconnaissance et l’équité au-dessus du gain matériel, on trouve cela stupide. Les NP ont du mal à comprendre que des gens soient prêts à perdre sur le plan économique dans l’espoir qu’on les prenne un peu plus au sérieux.

Dans le vote sur le Brexit, le critère le plus prédictif était un mélange de niveau éducatif et de mobilité. Les opposants au Brexit n’ont pas compris le sentiment de dépaysement ressenti par les QP. C’est pourtant dans les mêmes termes qu’ils ont perçu le vote en faveur du Brexit. Ils décrivent une expérience de dépaysement dans leur propre pays comparable, mais à l’envers, à celle que vit tous les jours une majorité de gens.

L’histoire du Brexit, c’est l’histoire d’un gouvernement qui se lance dans l’immigration sans consentement démocratique (Tony Blair) et d’un autre gouvernement (David Cameron) qui dit qu’il va réguler les flux mais qui n’y arrive pas. Une majorité de Britanniques veut moins d’immigration. Elle s’inquiète du changement d’échelle des flux et de l’intégration de tous ces nouveaux venus. Elle ne veut pas être dépossédée de l’endroit où elle vit. Ces Britanniques sont plus sensibles à la compétition pour les places dans les écoles, les hôpitaux et les logements. Ils voient dans cette politique d’immigration massive des priorités nouvelles dans lesquelles ils n’ont plus leur place. Au contraire, les NP surfent sur l’idée des bénéfices culturels et économiques et, quand ce n’est pas le cas, évoquent une force de la nature incontrôlable. Les économistes, en général favorables à l’immigration, se démènent plus pour combattre les hypothèses négatives que pour apporter des résultats positifs, écrit David Goodhart. Enfin, les employeurs et les services publiques tels le NSH s’accommodent fort bien des flux massifs.

Au Royaume-Uni, les gens de condition modeste ont disparu du Labour. La désindustrialisation et l’effacement des syndicats ont conduit la clientèle traditionnelle du Labour plus à droite, même si l’élection de Jeremy Corbin au Labour et son engagement en faveur du Brexit ont masqué un peu les choses. À gauche, écrit David Goodhart, les QP sont devenus un héritage embarrassant. Ça nous rappelle quelque chose en France : en 2012, Terra Nova conseillait au PS d’abandonner les classes populaires jugées trop peu en phase avec les valeurs de gauche.

 

LES SUCCÈS DU POPULISME EN EUROPE

 

L’émergence de courants qu’on appelle populistes a marqué les années 2000, notamment avec l’arrivée de Jean-Marie le Pen au second tour des présidentielles en France en 2002. Ces courants populistes sont la réaction prévisible aux excès et aux angles morts du libéralisme des NP et à leur incapacité à répondre aux griefs des QP. C’est, nous dit David Goodhart, plus un phénomène socioculturel et identitaire qu’économique. Les populismes peuvent être vus comme un idéalisme, une quête de sens dans un monde où seule l’économie compte. Ils se caractérisent par une hostilité envers les élites et la croyance en la volonté générale d’un peuple conçu comme un corps homogène ayant des idées et des intérêts communs. Les QP ont tendance à placer la démocratie devant le libéralisme. On comprend pourquoi le fonctionnement de l’UE a tendance à exacerber leurs revendications. Une très grande majorité de ceux qu’on appelle populistes, sont des populistes que David Goodhart qualifie de décents. Ils sont plus tolérants que leurs parents et grands-parents, mais souhaitent la persistance des normes et modes de vie qui leur sont familiers.

Le populisme est une réaction normale à l’ascendance prise par les NP dans la société, facilitée par le rapprochement des partis traditionnels et la perte de contrôle par les élites de la prise de parole avec les nouveaux moyens de communication. D’après Michael Lind, « si les insiders forment une nation de technocrates, les outsiders forment une nation de trolls ».

Peu de pays européens ont vu une influence aussi directe que celle du UKIP sur la vie politique, mais les partis populistes ont réussi à maintenir l’immigration au cœur des débats politiques. Le succès de Sebastian Kurz en Autriche doit beaucoup à la prise en compte des aspirations des QP sur la question migratoire.

De par leur base et leur politique économique souvent de gauche, les populismes sont un nouveau socialisme, ou plutôt, écrit David Goodhart, des étatismes/protectionnismes. Ils ont tendance à ne pas trop s’intéresser à la complexité et à proposer des solutions si simples qu’elles risquent d’être inapplicables, décevant ainsi les espoirs mis en eux et conduisant à une spirale de solutions de plus en plus simples et radicales. C’est le risque couru avec Donald Trump, écrit David Goodhart.

 

LA GLOBALISATION ET LES MIGRATIONS NE SONT PAS DES FAITS DE NATURE

 

Penser que la globalisation et les migrations qui l’accompagnent sont des faits de nature, c’est se faire à l’idée que rien ne peut en contrarier le cours. L’humanité serait en mouvement et il n’y aurait rien à y faire. On nous a seriné qu’1,5 million de réfugiés en un an c’était rien pour une Europe de 500  millions d’habitants, en ignorant les effets cumulatifs.

David Goodhart aborde sans faux-fuyants la question  des réfugiés. Nous avons, dit-il, trop insisté sur l’accueil en Europe et pas assez sur les moyens d’aider à distance. Pourtant, chaque dollar dépensé dans un pays pauvre fait beaucoup plus qu’un dollar dépensé à Londres. Par ailleurs, les critères actuels de l’asile ne sont plus adaptés aux temps d’extrême mobilité si l’on veut, dit-il, rester dans ce qui est acceptable pour les opinions publiques. Ne peut-on réserver l’asile à la persécution et aux opposants politiques sans viser toute personne vivant dans un pays autoritaire ou en guerre ?

Pankaj Ghemawat parle de globaloney pour décrire la surestimation de l’importance de la globalisation – baloney pour bobard – (https://blog.ted.com/globalization-and-globaloney-pankaj-ghemawat-at-tedglobal-2012/). Mais même surévaluée, la mondialisation a contribué à la désindustrialisation du Royaume-Uni dans des proportions inquiétantes, avec des effets dévastateurs pour les plus pauvres. De 1995 à 2015, le nombre d’emplois est passé de 200 000 à 70 000 dans l’habillement, de 200 000 à 40 000 dans le cuir, de 400 000 à 250 000 dans l’équipement et de 150 000 à 30 000 dans le matériel médical.

David Goodhart pense qu’il est possible d’aller vers ce que Dani Rodrik a appelé une « mondialisation raisonnable » (sane globalisation), dans laquelle les pays pourraient sauvegarder leurs choix institutionnels et mettre des barrières lorsque les pratiques domestiques sont menacées. David Goodhart reprend les propos de Larry Summers (pourtant acteur du NAFTA) qui a écrit dans le Financial Times que les citoyens étaient « gavés » par les propos des experts, lesquels avaient cessé de les intimider : « les accords internationaux devraient être jugés par rapport à ce qu’ils apportent aux citoyens et non par le degré d’harmonisation ou les barrières ainsi abattues. »

Lorsqu’il parle de l’Europe, David Goodhart parle de « tragédie européenne ». L’UE, dit-il, c’est notre version locale de la mondialisation, un projet NP par excellence. Machine à subventions avec une économie non fédérale et un haut niveau de coopération politique jusque dans les années 1980, ce qu’on appelle aujourd’hui l’UE a produit une pléiade de traités s’introduisant toujours plus dans la vie des nations. Certaines décisions, notamment en matière de migrations, sont prises à la majorité qualifiée (55 % des États membres, soit 16 sur 28, représentant au moins 65 % de la population de l’UE, lorsqu’on statue sur une proposition de la Commission ou du Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ; respectivement 72 % et 65 % dans les autres cas).

Le choc pour le Royaume-Uni s’est produit à l’occasion de l’élargissement de l’UE en mai 2004 à huit nouveaux entrants. Alors qu’il pouvait bénéficier d’un délai maximum de sept ans, le Royaume-Uni, comme la Suède et l’Irlande, a décidé d’ouvrir son marché du travail sans restriction. Il s’attendait alors à l’entrée de quelques milliers de personnes par an en provenance de ces nouveaux États membres et non au mouvement massif qui a suivi. Il y a maintenant 3,3 millions de citoyens provenant d’un autre pays de l’UE au Royaume-Uni (contre moins d’un million à la fin des années 1990). Ces migrations ne sont pas sans conséquences sur les pays de départ. Ainsi, la Roumanie estime avoir perdu un tiers de ses médecins. Par ailleurs, à l’origine, jamais la liberté de circulation n’avait été envisagée pour s’appliquer à des migrations de masse parce qu’on faisait l’hypothèse que les États membres auraient un niveau de développement économique voisin.

C’est la rigidité de l’UE, inspirée de la doctrine Monnet-Delors selon laquelle il fallait faire l’Europe dans le dos des citoyens, qui a conduit à la crise de l’euro et au Brexit.

L’UE se voit comme un rempart contre les nationalismes. Elle a tendance à rejeter les versions modérées tout en nourrissant les versions les plus extrêmes du nationalisme. Pourtant l’identité nationale reste encore le cadre privilégié du débat démocratique et suppose des normes et des intérêts communs. Elle permet aussi de rappeler aux élites leurs obligations vis-à-vis de ceux qui vivent avec eux. Un gouvernement mondial serait un cauchemar. Ce qui n’empêche pas les NP les plus radicaux d’étendre l’idéologie égalitaire à l’échelle de la planète, rendant ainsi les frontières obsolètes et condamnant tout privilège accordé aux nationaux. Les QP, s’ils ne condamnent pas l’aide aux plus déshérités dans le monde, pensent que les pays européens doivent d’abord s’occuper de leurs propres citoyens.

Les NP qui convoquent si volontiers les valeurs universelles ne négligent pas pour autant leurs intérêts. Ainsi, les nationalistes se recrutaient autrefois parmi les plus éduqués et les plus riches parce que c’était leur intérêt. Ce dernier a changé et, aujourd’hui, plus on est riche plus on est mondialiste. Comme l’écrit David Goodhart, les élites n’ont plus peur des masses et ont trouvé d’autres objets pour leur affection de haut en bas (en français dans le texte). Terra Nova l’a très bien expliqué en France en 2012.

L’idéologie des droits de l’homme a fourni un substitut à l’identité nationale, mais les NP oublient que pour honorer les droits qu’ils défendent, il faut se fonder sur la redistribution et donc le consentement de ceux qui paient. Ce qui ne peut guère se passer de l’appartenance à une communauté nationale et d’un sens de la citoyenneté partagé.

 

QU’EN EST-IL DE L’INTÉGRATION ?

 

D’après David Goodhart, Enoch Powell, avec son discours sur les « rivières de sang », a fait grand tort à son pays. D’abord en enterrant pour une génération tout débat sur l’immigration. Ensuite en formulant des prédictions si dramatiques qu’il a encouragé les politiques à mettre la barre trop bas en matière d’intégration. L’essentiel n’était-il pas d’éviter des « rivières de sang » ?

Tous les forts en prédictions apocalyptiques en France feraient bien d’y réfléchir. Songeons seulement à ceux qui présentent, contre toute évidence, comme une fatalité, la domination numérique des musulmans en quelques décennies.

Au Royaume-Uni, la première vague du multiculturalisme, celle des années 1970-80, visait à montrer aux immigrants de l’ancien empire que les différences pouvaient s’épanouir dans la mère patrie. Mais les libéraux en ont tant fait qu’ils ont rendu le progrès des minorités dépendant de leur soutien, dans une forme paradoxale d’héritage colonial.

David Goodhart restitue les propos éclairants de Frans Timmermans, membre néerlandais de la Commission européenne, sur la nature de nos problèmes avec l’intégration : Pensez à un nouvel arrivant, un réfugié par exemple, à qui on demande de participer à un match de football pour la première fois. Il n’a aucune idée des règles et passe l’ensemble du match en position de hors-jeu. Tout le monde rouspète et après deux ou trois tentatives, plus personne ne lui passe le ballon. Il ne comprend pas et pense que les autres ne l’aiment pas. Il finit par sortir du jeu et se sent plus exclu qu’au début du match. Il se sent indésirable, rejeté et différent. C’est ce que ressentent les migrants et leurs enfants (et quelquefois leurs petits enfants) à qui l’on n’a pas expliqué les règles. Pour qu’ils fassent les efforts attendus pour respecter ces règles, il faut d’abord les leur expliquer.

Mais, la question du nombre compte. Lorsque le nombre de ceux qui vivent à part grossit, une conception minimaliste de l’intégration - observe la loi et paie tes impôts – n’est plus supportable. À Londres, par exemple, en première année du primaire, 90 % des enfants appartenant à des minorités ethniques fréquentent des écoles où les Britanniques blancs (White British) sont minoritaires.

David Goodhart regrette qu’on n’ait guère réfléchi à une démographie des voisinages qui permettrait à la fois à la majorité ethnique de continuer de penser que les lieux lui appartiennent, tout en ayant des quartiers comprenant des minorités suffisamment importantes pour qu’elles s’y sentent chez elles. Il faut apprendre, dit-il, à parler des différences ethnoculturelles comme on parle des différences sociales et il faut un débat plus honnête sur le sujet.

 

LA SUFFISANCE LONDONIENNE

 

D’après Tim Hames, Londres est le trou noir qui attire tout. En Angleterre, l’alternative est souvent : Londres ou t’es foutu. Les Blancs aux revenus modestes en ont été évincés. La part des Britanniques blancs est passée de 86 % en 1971 à 45 % en 2011. En raison des prix, des professeurs, des ingénieurs, des architectes ne peuvent plus acheter dans de nombreux quartiers londoniens. C’est une des régions les plus dynamiques au monde, mais qui comprend 4 arrondissements figurant parmi les plus défavorisés d’Angleterre.

Les très hauts niveaux d’immigration en haut et en bas de l’échelle sociale ont aggravé les problèmes. Londres se préoccupe peu du contrat social. En effet, pourquoi embaucher un local qui a quitté l’école trop tôt quand on peut recruter un diplômé motivé venant d’Europe de l’Est ou du Sud peu regardant en matière de salaire ?

À Londres, on aime se raconter qu’on vit dans la ville la plus formidable au monde. Mais c’est un récit de riches vivant dans des quartiers agréables, fréquentant des collègues intéressants et qui ont les moyens d’éviter tous les mauvais côtés de la ville.

C’est le récit des NP qui dominent le pays. À Londres, on ignore, tout simplement, ce qui ne correspond pas à sa vision du monde. Le défi pour les  politiciens londoniens est, nous dit David Goodhart, de réduire l’immigration, de faire de Londres un lieu plus accueillant pour des personnes moins déracinées et moins post-modernes, sans que la ville perde son dynamisme.

 

LA MÉRITOCRATIE HÉRÉDITAIRE

 

Charles Murray a écrit un livre sur le sujet (http://www.micheletribalat.fr/434724335) à propos de l’Amérique blanche.

L’expansion de l’éducation a été un facteur important de l’extension du libéralisme des NP. Au Royaume-Uni, le développement de l’internat a amplifié le phénomène, même si la vie en internat régresse en raison du coût. L’internat fabrique une élite plus étroitement liée et séparée du reste de la société. Une fois diplômés, les étudiants restent dans cet univers NP. L’internationalisation du corps des étudiants a renforcé la philosophie internationaliste des universités. Ajoutons que, financièrement, ces dernières ont intérêt à prendre des étudiants non Européens.

En effet l’introduction de frais de scolarité à l’université par le New labour en 1998 a permis, par l’accroissement de ces frais au fil du temps, de transformer les universités britanniques en industrie internationale de formation supérieure, avec un secteur universitaire qui s’est étendu au-delà de toute utilité. L’université a aussi beaucoup accaparé d’argent public au détriment des formations techniques et de l’apprentissage. Dans le bâtiment, le nombre de jeunes en apprentissage est passé de 18 000 à 8 000 au cours des cinq dernières années. Beaucoup de jeunes Britanniques passés par l’université se retrouvent dans des emplois mal payés. David Goodhart raconte qu’il existe 133 cours sur les médias dans les universités britanniques. Les étudiants qui en sortent, lorsqu’ils travaillent, se retrouvent souvent dans la distribution, la restauration ou les bars.

Les diplômes sont devenus l’unique critère décidant d’une carrière réussie, politique favorable aux NP. Tout le système éducatif britannique a été façonné à leur profit. Tout a été fait pour favoriser l’université. Mêmes les écoles polytechniques destinées aux métiers techniques intermédiaires ont été phagocytées par l’université, sans qu’on perçoive clairement quelle était la logique de cette disparition. D’où allaient venir les techniciens et les ingénieurs ? Comment maintenir le prestige des formations techniques ?

Les entreprises se sont défaussées de la formation technique. Pourquoi ne le feraient-elles pas quand elles peuvent bénéficier des systèmes de formation en cours ailleurs en Europe ? Par ailleurs, les études primaires et secondaires laissent à désirer. Ainsi, la plus grosse fédération d’employeurs de Birmingham n’a pu offrir en 2016 que 350 places d’apprentissage à des 16-17 ans parce que le niveau des 8500 postulants était trop bas. Lorsque les enfants de QP vont à l’université, c’est généralement dans les universités les moins prestigieuses, exacerbant ainsi la fracture entre les NP et les QP.

Les emplois de base qui se sont multipliés (nettoyage, soins pour les vieux, supermarchés) sont vus comme des emplois réservés à ceux qui ont raté leurs études et aux étrangers. La baisse de statut de ces emplois provient de la centralité croissante des diplômes et de la méritocratie.

Si le principe méritocratique est difficilement contestable, il peut aboutir à la légitimation des inégalités et réduire l’empathie à l’égard des pauvres. Les NP se pensent comme un modèle à imiter et donnent ainsi une vision étriquée d’une vie réussie, inaccessible au plus grand nombre. Tout le monde ne peut avoir une carrière en haut de la hiérarchie sociale. Certains emplois basiques demeurent nécessaires. Le recours à l’immigration pour les occuper a un coût : le rejet de la classe ouvrière autochtone.

La mobilité sociale, dans une société méritocratique, nécessite une mobilisation de tous les instants des familles sur la réussite scolaire de leurs enfants à laquelle se livrent seulement les familles des classes moyennes et supérieures : choix de l’école, cours particuliers… L’avance méritocratique des classes aisées se déclare très tôt, écrit David Goodhart : à l’âge de 3 ans, un enfant de parents très éduqués a déjà un an d’avance sur les plus pauvres. Ajoutons à cela l’endogamie cognitive se traduisant par des unions entre personnes de haut niveau éducatif.

L’ascension sociale à l’ancienne que John Goldthorpe appelle « la route de l’atelier au conseil d’administration » est une chose du passé. Peu d’enfants de la classe ouvrière, qui elle même se rétrécie, se retrouvent dans l’élite, quand les enfants de cette dernière, lorsqu’ils chutent, ne descendent pas très bas. À partir du moment où près de 20 % des jeunes quittent l’éducation secondaire sans savoir vraiment lire et compter, le gouvernement devrait, nous dit David Goodhart, avoir un objectif simple en matière de mobilité sociale : améliorer l’éducation en bas et investir dans les formations techniques, notamment à temps partiel, sans tout miser sur l’université.

 

ET LA FAMILLE ?

 

Un mélange de féminisme et d’individualisme est à la base des idées libérales des années 1960. Les NP ont prêché en faveur de toutes les formes de famille en se gardant autant que possible de les pratiquer pour eux-mêmes. Ils ont les moyens de se faire aider et trouvent une satisfaction dans la valorisation de leur statut professionnel. La désintégration familiale a été plus forte chez les QP, avec plus de familles monoparentales. C’est ce que relevait, à propos de l’Amérique blanche, Charles Murray dans son livre Coming Apart (http://www.micheletribalat.fr/434724335).

Une société plus individualiste a conduit à un État plus intrusif dans la vie familiale et la politique familiale a été dominée par les besoins des femmes NP surqualifiées. Elle est fondée sur la présomption d’une identité de rôles entre les hommes et les femmes et d’un désir partagé de travailler à plein temps, y compris lorsque les enfants sont très jeunes. Pourtant, les enquêtes menées au Royaume-Uni montrent que les femmes sont moins intéressées par le nombre de femmes dans les conseils d’administration que par le fait d’avoir un partenaire solidaire qui gagne un salaire décent pour élever les enfants.  Les NP ont tendance à voir les femmes, mêmes les mères célibataires, comme des travailleurs potentiels handicapés par leurs enfants et le mariage est vu de plus en plus, non comme une institution permettant d’élever les enfants, mais comme quelque chose venant consacrer une relation amoureuse.

Le biais féministe de la politique des NP aboutit à ce qu’on fasse beaucoup pour encourager les femmes à se lancer dans les sciences, sans rien faire pour corriger le déséquilibre femmes/hommes dans l’enseignement. En 1983, 63 % des diplômés du supérieur étaient des hommes, aujourd’hui 60 % sont des femmes. Le chômage est plus élevé chez les hommes et ce sont les hommes peu qualifiés qui grossissent les rangs des sans abris et des prisonniers. En France aussi, depuis 2012, le taux de chômage des hommes a dépassé celui des femmes (https://www.insee.fr/fr/statistiques/1304098) et les jeunes hommes sont moins diplômés que les jeunes femmes. En plus, écrit David Goodhart, les hommes ne bénéficient pas, comme les femmes et les minorités, d’un récit encourageant.

David Goodhart se demande comment créer de nouvelles formes d’interdépendance entre les hommes et les femmes et préserver le plus possible la famille à deux parents dans une ère de grande liberté ?

  

PRÉCONISATIONS : L’URGENCE POUR LES POLITIQUES DE FAIRE DE LA PLACE AUX INTÉRÊTS DES QP

 

Si les QP acceptent la libéralisation qui a eu lieu sur les questions raciales, de sexe ou de genre, une large majorité rejette l’immigration de masse, reste attachée à la citoyenneté nationale, est hostile aux prestations non contributives et n’aime pas la version moderne du multiculturalisme. C’est dans cette majorité que se trouvent, écrit David Goodhart, les populistes décents. Et ceux-ci ont déjà obligé les NP à quelques concessions. Notamment en plaçant la réduction de l’immigration au centre des débats. De même, le gouvernement a annoncé son intention de dépenser 25 % de l’aide consacrée au développement international pour aider les réfugiés à s’installer au Royaume-Uni ; allant ainsi à l’encontre du DfID (Department for International Development) qui pense que l’opposition croissante à cette aide est une preuve de l’intolérance des QP et qui se vante de faire passer les intérêts internationaux avant les nationaux.

David Goodhart propose que la prise en compte des intérêts des QP conduise à concentrer les efforts pour redonner du prestige aux parcours non universitaires conduisant aux formations techniques et à l’apprentissage. Tout élève, en fin de secondaire, devrait avoir le choix entre l’université, un enseignement technique de grande qualité ou un apprentissage qu’il faut subventionner. En économie, il faut, dit-il, soutenir autant que possible les entreprises locales et, quand une entreprise passe à l’étranger, négocier des accords et les rendre applicables.

Par ailleurs, si l’on veut que les gens acceptent les changements ethniques, il faut en ralentir le rythme autant que possible et insister sur ce que les groupes ont en commun, pas sur la diversité qui met les gens mal à l’aise. Il faut aussi mettre l’accent sur le local et moins sur Londres et cesser de caricaturer les idées des QP, faire plus de place dans les institutions, et notamment au parlement, aux populistes décents. Une plus grande participation politique aide à domestiquer les populistes et à transformer des trolls en politiciens QP. Sur la question nationale, il faut, nous dit David Goodhart, profiter du Brexit pour revaloriser l’identité nationale, avec une sorte de préférence nationale, en réservant, par exemple, sauf circonstances exceptionnelles, l’emploi public aux citoyens, avec plus d’exigences linguistiques pour ceux qui font face au public. Il faut aussi, dit-il, dépenser de façon ostentatoire pour la surveillance des frontières, débattre à nouveau de la carte d’identité et d’une refonte des statistiques, avec l’introduction de registres de population fondés sur un identifiant unique, pour avoir une vue plus claire des mouvements aux frontières et généraliser les permis de résidence biométriques à l’ensemble des non-citoyens. Mais il ne faut pas couper dans les dépenses publiques n’importe comment, notamment lorsque ces coupes conduisent à plus d’immigration (cas des infirmières et des médecins).

Soit on fait une place au populisme décent, soit le retour des élites à leurs habitudes promet, au mieux, un pays plus fragmenté, moins agréable à vivre, plus souvent mécontent tandis qu’une classe politique criarde continuera de célébrer les vertus de l’ouverture dans leurs résidences privées bien protégées, au pire une grande instabilité et des violences, qui pourraient être exacerbées par les effets du terrorisme dans les villes les plus divisées d’Angleterre. Contrairement à Yuval Levin (The Fractured Republic) qui pense que, pour les Etats-Unis, le moment pendant lequel il était possible de concilier les deux visions du monde, est passé, David Goodhart croit qu’il n’est pas trop tard au Royaume-Uni et qu’il faut prendre le Brexit comme une chance donnée à ce pays de corriger le cap fixé par les NP.

La France, qui vit actuellement le triomphe de l’idéologie NP, avec un président pour qui il y a « ceux qui réussissent » et « ceux qui ne sont rien », qui valorise la réussite individuelle dont il est l’incarnation et qui considère qu’il n’y a pas de culture française, ferait bien de réfléchir sérieusement à ce qui pourrait suivre si les QP continuent d’être méprisés et négligés.