PROJECTIONS DÉMOGRAPHIQUES D'EUROSTAT 2015-2081 (Août 2018)

https://ec.europa.eu/eurostat/fr/data/database

Les projections démographiques d’Eurostat sont rudimentaires, comme le sont d’ailleurs les projections des Nations unies et de pays comme la France. Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont simples.

Les dernières couvrent la période 1/1/2015-1/1/2081. Elles ont été réalisées à la suite d’une demande formulée lors d’une réunion du Conseil sur les affaires économiques et financières (ECOFIN) du 12 mai 2015 et ont été conduites en partenariat avec les instituts nationaux de statistiques dans un groupe de travail qui s’est réuni quatre fois.

Des hypothèses ont été choisies pour les trois composantes démographiques (fécondité, mortalité et migration), afin d’arriver à une population par sexe et âge pour chaque pays au 1er janvier tous les ans de 2015 à 2081. Eurostat a tenté de dresser des séries temporelles pour ces trois phénomènes depuis 1960 (rétrospective pas toujours disponible pour tous les pays et moins souvent encore pour les migrations) afin d’élaborer ses hypothèses. Pour disposer de ces projections en février 2017, comme il avait été requis, Eurostat a utilisé la population au 1er janvier 2015, mais a dû se contenter des données de l’année 2014 pour la fécondité, la mortalité et les migrations.

La période de projection a été subdivisée en trois : le temps présent (2015-2016), le court et moyen terme (2017-2050) et le long terme (2050-2080).

Pour le temps présent, Eurostat a cherché à retomber sur les données déjà disponibles dans certains pays pour 2015 et les données provisoires, lorsqu’elles existaient pour 2016.

Sur le court et moyen terme, Eurostat a extrapolé les données en fonction de l’évolution passée et celle des deux dernières années.

A été aménagée une période de transition vers un scénario dit de convergence sur le long terme : «  les différences socio-économiques entre États sont supposées s’effacer à très long terme… On fait l’hypothèse que les pays bougent ensemble et se rapprochent, démographiquement parlant, en raison de l’influence exercée par les moteurs socio-économiques »[1].

Cependant, Eurostat n’a pas retenu une modélisation qui intègrerait ces « moteurs socio-économiques », pour s’en tenir aux « purs mécanismes démographiques ».

 

HYPOHÈSES DÉMOGRAPHIQUES

 Fécondité

La modélisation de la fécondité a utilisé les données enregistrées entre 1977 et 2014. La convergence à long terme est censée se faire en direction de ceux qui sont en tête en 2014, mais sans l’Irlande et la Suède : La Belgique, le Danemark, la Finlande, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, dont l’indicateur de fécondité (ICF) est à 1,7 enfant par femme ou plus en 2014 et qui sont mis ensemble pour définir l’horizon. Ce mouvement de convergence apparaît très nettement à partir de 2050 sur le graphique ci-dessous qui retient les plus grands pays de l’UE28. Avant, la fécondité obéit aux extrapolations réalisées à partir du passé. Les taux de fécondité par âge en 2015 et 2016 ont été modifiés au prorata pour obtenir le nombre de naissances enregistré ou attendu.

Au total, l’ICF passerait de 1,57 en 2015 à 1,84 en 2080 dans l’UE 28. Il resterait proche de 2 enfants en France sur l’ensemble de la période, alors qu’il est déjà descendu à 1,89 en 2017 (1,85 en France métropolitaine). En Espagne, après avoir été seulement de 1,31 en 2016, l’ICF grimperait pour atteindre en vingt ans 1,85 enfant par femme et flirter avec 1,9 en 2080 ! Par contre, l’Allemagne n’atteindrait un ICF de 1,60 qu’en 2050 (niveau pourtant effectivement enregistré en 2016 !) et verrait son ICF croître jusqu’à 1,74 en 2080. L’Italie aboutirait au même niveau après une hausse à peu près linéaire à partir de 1,33 en 2016 (graphique ci-dessous).

Hypothèse de fécondité dans la projection de référence d'Eurostat (2015-2080) pour l'UE28 et les six plus grands pays de l'UE28
Fertility hypothesis in the Eurostat baseline projection (2015-2080) for the EU28 and the six largest EU28 countries

Mortalité

La mortalité est censée converger vers une table de référence aboutissant à un certain gain en espérance de vie. La table de mortalité initiale est celle lissée de 2014 et corrigée au prorata afin de correspondre au nombre de décès enregistrés en 2015 et 2016 lorsqu’ils sont connus.

Migrations

Les hypothèses migratoires sont de loin les plus difficiles et les plus périlleuses.

Eurostat a d’abord songé à projeter séparément immigration et émigration. Mais, en raison de la difficulté d’avoir une base de données correcte, Eurostat s’est rabattu sur une projection de la migration nette – ou solde migratoire (immigration-émigration) -. Le groupe de travail a décidé de remplacer les plus haute et plus basse valeurs par les deuxièmes plus haute et plus basse valeurs de la série 1960-2014 (pour les pays qui ont des séries longues et jusqu’en 2016 pour les pays dont les instituts de statistiques ont fourni les valeurs attendues pour cette année). La reproduction du pic de 2015 a été ainsi jugée improbable. Par ailleurs, les données ont été « winsorisées ». C’est une procédure qui ramène les valeurs aberrantes dans le champ des autres valeurs observées. Un modèle de projection à partir des données observées a donc été adopté au début, puis a été progressivement remplacé par le modèle de convergence vers une migration nette à zéro dans un futur très lointain, bien au-delà de la date limite de projection.

La projection de référence d’Eurostat fait l’hypothèse que le solde migratoire va diminuer (particulièrement en Allemagne) pour atteindre un taux de 1,38 ‰ en 2080, contre 3,7 ‰ en 2015 (graphique ci-dessous). En nombres absolus, le solde migratoire passerait dans l’UE28 de 1,9 million en 2015 à 1,1 million en 2022, connaîtrait ensuite une très légère croissance pour plafonner autour de 1,2 million jusqu’en 2050. S’en suivrait une baisse régulière jusque à peine plus de 700 000 en 2080. En Allemagne, la migration nette passerait de 1,1 million en 2015 à 138 000 en 2080.

Taux de migration nette projeté par Eurostat pour l’UE28 et les six plus grands pays de l’UE28 dans la projection de référence (2015-2080)
Net migration rates projected by Eurostat for the EU28 and the six largest EU28 countries in the baseline projection (2015-2080)

Remarques

1)    la variable « migrations » entre sous la forme d’un solde migratoire, qui fait malheureusement la moyenne entre celui des natifs et celui des nés à l’étranger. Il suffit que les sorties des natifs soient nombreuses (avec une immigration nette négative des natifs) pour que le solde migratoire soit bas, même en présence d’une immigration étrangère importante ;

2)    Les autres variables (fécondité et mortalité) sont appliquées indifféremment aux populations déjà là et au solde migratoire. Par exemple, aucune hypothèse de fécondité différentielle n’est prise en compte. Un indicateur conjoncturel de fécondité d’une année, tel qu’il est projeté pour un pays, s’applique à tout le monde ;

3)    Les projections d’Eurostat développent des scénarii de convergence. À long terme, les différentes variables introduites convergent. Notamment la migration nette qui tend vers zéro.

Comme dans la plupart des exercices de projection, la répétition de crises du type de celle connue en 2015 n’est jamais au programme.

EUROSTAT a réalisé ce qu’il nomme des tests de sensibilité en modifiant l’une des hypothèses de la projection de référence, les autres restant identiques : mortalité plus basse, fécondité plus basse et trois hypothèses alternatives à l’hypothèse migratoire de référence (sans migration, hypothèse haute et hypothèse basse).

Les hypothèses migratoires haute et basse ajoutent ou enlèvent un tiers de la migration nette de la projection de référence tout au long de la période (graphique ci-dessous).

Mais c’est la projection de référence qu’EUROSTAT juge la plus crédible et qu’il médiatise lorsqu’il rend publics les résultats.

Migrations nettes (en milliers) dans l'UE28 dans les trois hypothèses envisagées par Eurostat (2015-2080)
Net migration (in thousands) in the EU28 in the three scenarios selected by Eurostat (2015-2080)

AVEC OU SANS MIGRATIONS

La projection sans migrations renseigne la Commission sur ce que pourrait être la démographie européenne laissée à son mouvement naturel. D’après les projections de 2015-2081, elle passerait de 508 millions à 407 millions et perdrait ainsi 101 millions d’habitants d’ici le 1er janvier 2081, soit 20 % de la population présente en 2015[2]. La population européenne diminuerait encore dans l’hypothèse d’une migration basse et ne gagnerait que 10 millions dans la projection de référence, mais 48 millions en cas de migrations hautes (tableau ci-dessous).

Si la contribution de la population présente en 2015 ne varie pas, par construction, l’apport démographique de l’immigration nette, lui, varie évidemment avec les hypothèses migratoires : de +75 millions dans l’hypothèse migratoire basse à 112 millions dans la projection référence et jusqu’à près de 150 millions dans l’hypothèse migratoire haute (tableau et graphique ci-dessous). La contribution démographique des migrations sur la période irait ainsi de +16 % à +27 % en 2081 (22 % dans la projection de référence). 

Bilan de l'évolution de la population de l'UE28 avec ou sans migrations (2015-2081)
Evolution of the EU28 population with and without migration (2015-2081)

Évolution de l'apport démographique des migrations intervenues de 2015 à 2080 dans l'UE28 selon l'hypothèse migratoire
Evolution of the demographic contribution of migration from 2015 to 2080 in the EU28 according to the migration hypothesis

Et encore, ces résultats sont-ils obtenus avec une hypothèse de fécondité plutôt optimiste et sans appliquer de fécondité différentielle aux immigrées.

Sans migrations, les pertes les plus importantes toucheraient l’Allemagne et l’Italie : plus d’un tiers (graphique ci-dessous). Ces pays perdraient à eux deux près de 51 millions d’habitants. La France verrait sa population augmenter très légèrement, en raison d’une fécondité frôlant les 2 enfants par femme et une espérance de vie croissante et compterait, avec 69 millions d’habitants, 16 millions d’habitants de plus qu’en Allemagne en 2081. Le Royaume-Uni ne perdrait qu’à peine plus de 3 millions d’habitants.

Évolution de la population de l'UE28 et des six plus grands pays de l'UE28, en l'absence de migrations (base1=2015)
Evolution of the population in the EU28 and the six largest EU28 countries, in the absence of migration (base1 = 2015)

Si l’on se penche sur ceux qui sont nés dans l’année et n’ont pas encore un an, on a une idée de l’effet des migrations sur le nombre de naissances. En l’absence de migrations, le nombre des enfants âgés de moins d’un an diminuerait de 1,26 million, soit une chute d’un quart. Il baisserait encore dans l’hypothèse migratoire basse, gagnerait près de 115 000 bambins dans l’hypothèse de référence mais 584 000 dans l’hypothèse migratoire haute (tableau ci-dessous). L’absence de migrations a un effet spectaculaire puisqu’il manquerait alors en 2081 entre 923 000 et 1,85 million de naissances selon l’hypothèse migratoire retenue, soit entre 19 % et 33 %. Cela, toujours sans tenir compte des différentiels de fécondité et dans le cadre d’hypothèses de fécondité plutôt optimistes, on l’a dit.

L’Allemagne perdrait 38 % des enfants de cet âge entre 2015 et 2081 quand la France n’en perdrait que 5 % et se retrouverait en 2081 avec deux-tiers de naissances en plus qu’en Allemagne. L’écart est favorisé par une surestimation de la fécondité de la France et une sous-estimation de celle de l’Allemagne au départ de la projection.

Bilan de l'évolution de la population âgée de moins d'un an de l'UE28 avec ou sans migrations (2015-2081)
Evolution of the population aged less than one year in the EU28 with or without migration (2015-2081)

Les populations européennes vieilliraient dans toutes les hypothèses.

QUELQUES INDICATEURS SUR LES ÉVOLUTIONS STRUCTURELLES

Rapport de dépendance aux personnes âgées

L’évolution de la charge des 65 ans et plus pour ceux qui sont en âge de travailler (rapport de dépendance) donne une idée du vieillissement démographique. Sans migrations, ce rapport doublerait d’ici 2081 passant de 0,29 en 2015 à 0,60 en 2081. Mais il augmenterait aussi considérablement dans toutes les hypothèses migratoires retenues. Dans le « meilleur »  des cas (hypothèse migratoire haute) il atteindrait quand même 0,51 (graphique ci-dessous).

Évolution de rapport de dépendance aux personnes âgées selon l'hypothèse migratoire dans l'UE28 (2015-2081)
Evolution of elderly dependency ratio according to the migration hypothesis in the EU28 (2015-2081)

Avec ou sans migrations, parmi les grands pays européens, c’est l’Italie, l’Allemagne et la Pologne qui devraient être dans la plus mauvaise position. En Italie, même dans l’hypothèse migratoire haute, le rapport de dépendance se retrouverait au niveau atteint dans l’en semble de l’UE28 en l’absence de migrations (graphique ci-dessous).

Rapport de dépendance aux personnes âgées avec ou sans migrations dans l'UE28 et les six plus grands pays de l'UE28
Dependency ratio of elderly people with and without migration in the EU28 and the six largest EU28 countries

Rapport de soutien

 Une autre manière de synthétiser les transformations démographiques structurelles revient à s’intéresser au rapport de soutien qui tente de répondre à la question : Combien de personnes d’âge actif par personne d’âge inactif (jeune ou vieille) ? Soit le rapport 15-64 ans/(Moins de 15 ans + 65 ans ou plus). En effet, si les personnes âgées devraient être plus nombreuses en 2081 dans toutes les hypothèses, les jeunes seront plus ou moins nombreux selon l’hypothèse migratoire et le pays.

Mais, dans tous les cas, le rapport de soutien est appelé à diminuer drastiquement. De 1,90 à 1,15 dans l’UE28 en l’absence de migrations. Les migrations en ralentissent légèrement la baisse puisque, dans le « meilleur » des cas (hypothèse migratoire haute), ce rapport chuterait à 1,28 en 2081.

Évolution du rapport de soutien de 2015 à 2081 selon l'hypothèse migratoire dans l'UE28
Evolution of the support ratio from 2015 to 2081 according to the migration hypothesis in the EU28

Là encore, les situations sont contrastées selon les pays. Certains pays avaient en 2015 à la fois peu de jeunes et peu de vieux, comme la Pologne. La France, relativement à l’Allemagne ou l’Italie avait, en 2015, beaucoup plus de jeunes que l’Allemagne et un peu moins de vieux. Mais en 2081, la France s’en tirerait mieux que ses voisins en l’absence de migrations et à peu près comme le Royaume-Uni en cas de migrations importantes (graphique ci-dessous).

Rapport de soutien avec ou sans migrations dans l'UE28 et les six plus grands pays de l'UE28
Support ratio with or without migration in the EU28 and the six largest EU28 countries

Rapport de soutien réel

Mais le rapport de soutien réel (RSR) dépend des taux d’emploi. Certaines personnes en âge de travailler ne travaillent pas et sont à la charge, avec les jeunes et les vieux, de ceux qui travaillent.

On peut le calculer grossièrement en rapportant ceux qui sont d’âge actif et en emploi à ceux qui ne travaillent pas soit parce qu’ils sont trop jeunes ou trop vieux, soit parce qu’ils n’ont pas d’emploi (tableau ci-dessous).

Si le taux d’emploi des 15-64 ans en 2015 était aussi celui de 2081, le rapport de soutien réel chuterait de 0,754 à 0,542 en l’absence de migrations dans l’UE28. Il baisserait un peu moins si l’on y ajoute des migrations et atteindrait un maximum de 0,582 en 2081 dans l’hypothèse migratoire haute.

Un calcul simple montre qu’il suffirait que le taux d’emploi des 15-64 ans s’améliore un peu pour que le bénéfice apporté par les migrations subsiste en l’absence de migrations. Par exemple, si le taux d’emploi des 15-64 ans dans l’UE28 gagnait deux points de pourventage, le rapport de soutien réel en l’absence de migration égalerait, en 2081, celui obtenu dans l’hypothèse migratoire haute.

L’Allemagne qui, juste après les Pays-Bas, connaissait en 2015 le rapport de soutien réel le plus élevé dans l’UE28 (0,939), grâce à un taux d’emploi élevé (74 %) et un nombre de jeunes particulièrement faible, verrait, sans migrations, son rapport de soutien réel descendre à 0,639, mais seulement à 0,709 dans l’hypothèse migratoire haute. Il faudrait un taux d’emploi de 78,7 % des 15-64 ans pour espérer atteindre, sans migrations, un rapport de soutien réel de 0,709 en 2081.

La situation de l’emploi étant ce qu’elle est en France, le rapport de soutien réel n’était que de 0,672 en 2015. Il pourrait descendre jusqu’à 0,545 en l’absence de migrations, avec un taux d’emploi inchangé, mais serait légèrement amélioré en cas de migrations (0,569 dans l’hypothèse haute). Une amélioration de moins de deux points du taux d’emploi permettrait d’égaler, en l’absence de migration, le rapport de soutien réel attendu dans l’hypothèse migratoire haute à taux d’emploi inchangé.

Rapport de soutien réel (RSR) avec le taux d'emploi de 2015 et taux d'emploi nécessaires pour égaler, en 2081, sans migrations, le rapport de soutien réel obtenu avec migration et les taux d'emploi de 2015
Real Support Ratio (RSR) with the 2015 employment rate and employment rates needed to match, in 2081, without migration, the actual support ratio obtained with migration and the 2015 employment rates

Dans tous les cas, le rapport de soutien réel est appelé à baisser. Mais un certain nombre de pays, pourraient freiner le mouvement, sans recourir à l’immigration, en améliorant la situation de l’emploi. C’est le cas de la France.

Pour d’autres pays qui connaissent déjà des taux d’emploi élevés, comme l’Allemagne, l’immigration peut sembler une solution pour gagner quelques centièmes de points après la virgule.

La situation démographique plus favorable de la France, telle qu’elle a été projetée par Eurostat, nécessiterait, sans migrations, un taux d’emploi à 72,7 % pour retrouver le rapport de soutien réel de 2015. Mais, il lui faudrait, sans migration, élever son taux d’emploi des 15-64 ans à 75 %  - taux déjà atteint ou dépassé en Suède et aux Pays-Bas - pour espérer égaler, sans migrations, le rapport de soutien réel que l’Allemagne atteindrait en 2081 dans l’hypothèse migratoire haute avec le taux d’emploi de 2015.

CONCLUSION

Les projections d’Eurostat, comme toutes les projections nationales, ne valent que ce que valent les hypothèses. Elles sont encore plus compliquées à mettre en œuvre dans le cas d’Eurostat puisqu’elles sont élaborées à partir d’une négociation avec les instituts statistiques de 28 pays qui n’ont pas tous le même système statistique et dont la qualité des données varie d’un pays à l’autre. Tout particulièrement s’agissant des migrations. On comprend qu’Eurostat ne procède pas à des projections démographiques chaque année comme le fait la Suède par exemple. S’agissant du mouvement naturel (naissances et décès) en principe mieux connu, la projection démarre sur un solde naturel positif de 95 812 pour l’ensemble de l’UE28 en 2017 alors que le solde naturel enregistré cette année là est déjà fortement négatif (-204 151).

Mais elles constituent une sorte de tableau de bord pour la Commission européenne qui conforte sa tendance à penser que l’immigration est le palliatif au déclin démographique.  Dans sa page  intitulée «  Priorité Migrations. Vers un agenda européen en matière de migration », la Commission cherche à définir « une nouvelle politique de migration légale en faisant en sorte que l’Europe reste une destination attrayante pour les migrants dans un contexte de déclin démographique » (https://ec.europa.eu/commission/priorities/migration_fr). La projection sans migrations a de quoi inquiéter la Commission qui cherche à éviter un effondrement démographique et l’affaiblissement corrélatif de la puissance européenne sur la scène internationale. Si les migrations peuvent éviter à la population européenne de chuter quantitativement, elles ne peuvent, même si elles ont importantes, empêcher les évolutions démographiques qui inquiètent la Commission. Elles peuvent tout juste les freiner. Sans parler des transformations structurelles du peuplement de l’UE qu’elles impliquent.

 


[1] European Commission, Eurostat, Technical note,  Summary methodology of the 2015 based population projections, 3 mars 2017. http://ec.europa.eu/eurostat/cache/metadata/Annexes/proj_esms_an1.pdf

[2] Sans le Royaume-Uni, la population de l’UE passerait de 444 millions à 345 millions, soit une baisse de 22 %.