POINT SUR L’IMMIGRATION EN NORVÈGE

22 septembre 2020

 

 

Comme au Danemark, aux Pays-Bas ou en Suède, les informations démographiques de base sont tirées du registre central de population (CPR) qui est, comme en Suède, piloté par l’Office des impôts. On y trouve les naissances, adoptions, décès, les noms et les liens parenté, les changements de statut matrimonial, de nom, d’adresse, la nationalité, le pays de naissance… Les étrangers qui arrivent en Norvège pour y séjourner au moins six mois et ont reçu un permis de séjour de la direction norvégienne de l’immigration (UDI) sont inscrits auprès de l’Office des impôts (et doivent signaler leur départ lorsqu’ils s’en vont). Ils reçoivent un numéro à onze chiffres dont les six premiers indiquent la date de naissance et qui leur servira dans la vie courante et les contacts avec l’administration. Ce registre sert de référence pour les impôts, les élections, différents services administratifs, les banques, les compagnies d’assurance et les employeurs. Il constitue bien sûr l’outil de base de Statistics Norway. C’est donc à partir de ce registre que sont élaborées la plupart des statistiques sur l’immigration, l’émigration et sur les populations d’origine étrangère. Le site norvégien est beaucoup moins attrayant que celui du Danemark ou de la Suède et la disponibilité pour répondre aux questions pas très grande. Mais peut-être est-ce juste l’effet d’un institut qui doit composer avec un registre en pleine rénovation. Un nouveau registre sera finalisé dans les mois qui viennent.

Une immigration de faible ampleur jusque récemment

La Norvège n’a pas connu une immigration étrangère très intense avant les années 2000. L’arrivée d’étrangers s’est très doucement accrue jusqu’au début des années 1980. Elle a augmenté un peu plus jusqu’au milieu des années 2000 avec des pics reflétant l’arrivée soudaine de personnes cherchant refuge en Norvège : d’Iran, du Sri Lanka ou du Chili à la fin des années 1980, d’ex-Yougoslavie dans les années 1990, d’Irak autour de 2000, de Somalie et d’Afghanistan ensuite. L’immigration étrangère a ensuite considérablement augmenté sous l’effet de la main-d’œuvre en provenance des pays de l’Est intégrés à l’UE, notamment de Pologne. Ainsi, si seulement 9 % des étrangers à qui l’on a délivré un 1er titre de séjour en 1990 venaient en Norvège pour travailler et encore seulement 12 % en 2003, leur proportion atteint au moins 40 % depuis 2006, années 2015 à 2017 marquées par la crise de l’asile en Europe mises à part. Et même si les immigrants des pays nordiques n’occupent plus la place qu’ils occupaient à la fin des années 1960, le flux d’immigration est resté très majoritairement européen sur presque la totalité de la période de 1967 à 2019. Si l’on y ajoute les flux d’Amérique du Nord, l’ensemble représentait 90 % du flux d’immigration en 1967, mais encore 61 % en 2019 (graphique ci-dessous).

Graphique de gauche : évolution de l’immigration et de l’émigration, notamment des Norvégiens et des étrangers de 1967 à 2019. Source : Statistics Norway.
Graphique de droite : évolution de la composition de l’immigration par pays de départ de 1967 à 2019 (%).

Si le solde des entrées et des sorties est généralement voisin de zéro et le plus souvent négatif pour les Norvégiens, les mouvements d’étrangers sont une source de croissance de la population en Norvège supérieure au mouvement naturel. Ainsi en 2019, la population en Norvège est passée de 5 328 212 habitants à 5 367 580 du début à la fin de l’année, grâce à un excédent de naissances sur les décès de seulement 13 811, à une immigration nette d’étrangers de + 27 OOO, mais à une immigration nette de Norvégiens de -1673. L’indicateur conjoncturel de fécondité n’a cessé de baisser en Norvège depuis 2009, pour atteindre son plus bas niveau depuis la fin des années 1960 : 1,53 enfant par femme en 2019 contre 1,98 en 2009. Si la fécondité des immigrées y est un peu supérieure, elle a elle-même baissé (1,92 enfant par femme en 2019 contre 2,12 en 2011). C’est chez les immigrées d’Afrique, peu nombreuses, qu’elle est la plus élevée (2,80 en 2019).

Une population d’origine étrangère qui a beaucoup augmenté au cours des quinze dernières années

Définition norvégienne de la population d’origine étrangère

On a vu que le Danemark avait choisi une définition tout à fait spécifique des immigrés et des enfants d’immigrés. C’est vrai aussi de la Norvège. Un immigré y est une personne née à l’étranger de deux parents et quatre grands-parents nés à l’étranger. Quant aux enfants d’immigrés, ils sont nés en Norvège de deux parents et quatre grands-parents nés à l’étranger. Les autres sont regroupés dans ce que Statistics Norway appelle la « population générale ». Ainsi, une personne née en Norvège d’un parent né en Norvège et d’un autre né à l’étranger dont les deux parents sont eux-mêmes nés à l’étranger, y sont comptés. Dans la définition norvégienne, les enfants d’immigrés et les immigrés ont leurs ascendants sur deux générations définis de la même façon. C'est une définition fondée entièrement sur le pays de naissance des ascendants sur deux générations, alors même que le droit de la nationalité est un droit du sang. On naît norvégien, en Norvège ou à l’étranger pourvu qu’au moins un parent soit lui-même norvégien. Jusqu’au 1er septembre 2006, il fallait en plus, comme c’est le cas au Danemark, que lorsque c’est la mère qui est étrangère elle soit mariée au père de l’enfant. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Même les données qui déclinent les 30 combinaisons possibles des lieux de naissance des parents et grands-parents selon que les personnes sont nées à l’étranger ou en Norvège (dont 28 correspondent à la population dite générale), ne permettent pas de retomber sur une définition similaire à la définition française, dans laquelle l’immigré est celui qui est arrivé comme étranger en France. Néanmoins, on peut décliner une définition de type Nations unies moins stricte que la définition norvégienne. Mais la plupart des données disponibles, notamment celles sur la composition des origines, le sont selon la définition norvégienne. Les données sur l’origine étrangère dans la définition norvégienne sont accessibles pour l’année 1970, 1980 et chaque année à partir de 1986. Les origines décomposées en 30 postes le sont depuis 2004.

 Dans la définition norvégienne, moins de 2 % de la population était d’origine étrangère au 1er janvier 1970. C’était encore seulement le cas de 3 % au 1er janvier 1986. L’évolution connaît une accélération dans la deuxième moitié des années 2000 et atteint 18,2 % au 1er janvier 2020. Le caractère très restrictif de la définition de Statistics Norway place son évaluation de la population d’origine étrangère très en-dessous de celle qui reviendrait à garder toutes les personnes nées à l’étranger et toutes celles nées en Norvège d’au moins un parent né à l’étranger : plus de 7 points de pourcentage d’écart en 2020 (graphique de droite ci-dessous). Sans surprise, c’est sur le nombre de nés en Norvège d’origine étrangère que la définition norvégienne est la plus restrictive. En 2020, Statistics Norway l’évalue à 3,5 % seulement, contre 9,3 % de personnes nées en Norvège d’au moins un parent né à l’étranger (graphique de gauche ci-dessous). L’écart est moins prononcé pour les immigrés car la plupart ont effectivement leur deux parents et quatre grands-parents nés à l’étranger.

Évolution du pourcentage de population d’origine étrangère dans la définition norvégienne et dans une définition plus large. Source : Statistics Norway.

Comme au Danemark, cette définition très restrictive a un impact sur la composition par origine. Les plus endogames sont les mieux représentés et ceux qui ne restent pas durablement en Norvège le sont moins bien. En 1970, 80 % de la population d’origine étrangère, au sens norvégien, est d’origine européenne, dont une bonne moitié d’origine nordique (graphique ci-dessous), danoise et suédoise principalement. Neuf des dix premiers pays d’origine sont européens, les Etats-Unis arrivant en troisième position. Cette prédominance européenne a beaucoup régressé vingt ans plus tard. Les pays asiatiques représentent alors 34 % des pays d’origine avec notamment le Pakistan (désormais au deuxième rang derrière le Danemark), le Vietnam (sixième rang) et l’Iran (neuvième rang). La présence d’origine africaine n’est plus aussi effacée qu’en 1970. Quinze ans plus tard, en 2005, la présence asiatique et africaine s’est encore renforcée. Et alors que le poids de la population originaire d’Europe de l’Ouest continue de fondre, d’autres Européens renflouent la présence européenne, notamment avec les originaires de l’ex-Yougoslavie qui sont désormais au 1er rang du classement par pays d’origine. Les originaires de Somalie occupent alors le septième rang. Quinze ans plus tard, en 2020, la présence relative des originaires d’Asie a un peu reculé sous l’effet de la migration massive en provenance des anciens pays de l’Est intégrés à l’UE, de Pologne principalement. La population d’origine polonaise est de loin la plus nombreuse avec 115 416 personnes. Ce qui est très important pour un petit pays comme la Norvège. Un équivalent France entière d’un peu plus de 1,4 million. Si la présence des populations d’origine asiatique s’en trouve un peu relativisée, les personnes d’origine pakistanaise, syrienne ou irakienne au nombre de 109 000 représentent l’équivalent français de près d’1,4 million. Nous n’avons pas, en France, l’outil statistique qui nous permettrait de descendre à un niveau aussi fin des origines sur deux générations, dans une définition qui serait, de toute façon plus large. Mais, en 2017, le nombre d’immigrés de Pologne était un peu supérieur à 89 000 et celui des immigrés du Pakistan, de Syrie ou d’Iraq n’atteignait pas 100 000. Nous serions donc loin des chiffres norvégiens, même si nous disposions d’autant de détails sur la génération née en France, ce qui n’est pas le cas.

Évolution de la composition par origine de la population d’origine étrangère (définition norvégienne) de 1970 à 2020. Source : Statistics Norway.

Dix premiers pays d’origine de la population d’origine étrangère en Norvège (définition norvégienne) à différentes dates de 1970 à 2020. Source : Statistics Norway.

Des concentrations ethniques dans la région d’Oslo

Comme dans la plupart des autres pays européens, les populations d’origine étrangère ne sont pas réparties uniformément sur le territoire. En 2020, c’est dans la région d’Oslo que réside la moitié de la population d’origine étrangère, contre 36 % de l’ensemble de la population. Un peu plus d’une personne sur quatre y est d’origine étrangère, dont un peu plus de la moitié est d’origine africaine ou asiatique. L’évolution en trente ans est considérable. Dans la région d’Oslo, la proportion de personnes d’origine étrangère a été multipliée par 3,6 et celle originaire d’Afrique ou d’Asie par 4. Mais les autres régions, qui étaient en 1990 très peu touchées par l’immigration, ont vu s’accroître fortement la présence d’origine étrangère. Ainsi, dans la Norvège du Nord où, en 1990, seulement 1,6 % des habitants étaient d’origine étrangère et 0,5 % d’origine africaine ou asiatique, ces deux proportions ont été multipliées respectivement par un peu plus de 7  et 10 (tableau ci-dessous).

Évolution du pourcentage de population d’origine étrangère et d’origine africaine ou asiatique (définition norvégienne) dans les six régions norvégiennes de 1990 à 2020. Source : Statistics Norway.

Mais les concentrations sont encore plus marquées dans certains districts de la ville d’Oslo elle-même. Plus de 50 % de la population est d’origine étrangère au Centre, dans trois districts du Nord-Est de la ville (Stovner, Alne et Grorud) et dans le district le plus au Sud (Søndre Nordstrand). C’est dans ces quartiers périphériques que se trouvent les plus fortes concentrations de personnes d’origine africaine ou asiatique, auxquelles Statistics Norway a ajouté celles originaires d’Amérique centrale ou du Sud, fort peu nombreuses (cartes ci-dessous). C’est près de la moitié des habitants de Stovner (48,3 %, soit vingt points de plus en 16 ans).

Pourcentage de population d’origine étrangère dans les districts d’Oslo en 2020. Pour 3‰ habitants d’Oslo, le district de résidence n’est pas disponible. Ils sont d’origine étrangère le plus souvent (72,2 %). Source : Statistics Norway.

Pourcentage de population d’origine africaine, asiatique ou américaine (Centre et Sud) dans les districts d’Oslo en 2020. Pour 3‰ habitants d’Oslo, le district de résidence n’est pas disponible. Plus d’un tiers est originaire d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique centrale ou du Sud. Source : Statistics Norway.