IMMIGRATION EXTRA-EUROPÉENNE

MOINS IMPORTANTE AUJOURD’HUI QUE DANS LES ANNÉES 1970 ?

 

15 décembre 2020

 

Le 14 décembre, Avellino,  qui tient un blog sur Mediapart, recommandait de consulter les sites de l’Ined et de l’Insee, sur lesquels on dispose, écrivait-il, « de chiffres et d’études fiables ». Il ajoutait : « pour ne pas être accusé de laxisme gauchiste, voici un article publié sur le site de CNEWS, la chaîne ouvertement réac et raciste et qui se développe sans souci, alors même que le gouvernement rouvre la chasse au musulman. Eh bien, même CNEWS reconnaît que l’immigration n’est pas un problème»[1]. Suivait la reprise d’un texte signé Stanislas Deve mis en ligne sur CNews[2] le 17 octobre 2019.

Dans ce texte, Stanislas Deve réfutait cinq idées reçues sur l’immigration, dont je n’examinerai ici qu’un argument servant à réfuter la première de ces idées selon laquelle « la France est envahie par l’immigrés » :

« Or, avec environ 250 000 premiers titres de séjour délivrés en 2018, la France accueille en réalité moins d’immigrés extraeuropéens aujourd’hui que dans les années 1970. »

Précision : la délivrance de titres de séjour concerne aussi les Européens qui n’appartiennent pas à l’UE, à l’Espace économique européen ou à la Suisse.

La comparaison avec les années 1970 n’est pas facile parce que l’enregistrement centralisé via AGDREF[3] n’existait pas alors. La meilleure, bien qu’imparfaite, façon de se faire une idée est de comparer l’évolution du nombre d’extra-européens au fil des recensements. Cela ne donnera pas une idée des flux d’entrées réels, mais des flux nets (entrées – (sorties + décès)).

Comme il était plus facile de partir avec l’espoir de pouvoir revenir, au moins jusqu’au milieu des années 1970, il se peut que les entrées nettes sous-estiment plus les flux jusque-là que les flux qui suivirent. La variabilité des périodes intercensitaires ajoute aussi à l’incertitude. Néanmoins, c’est probablement le moins mauvais moyen de se faire une idée.

L’évolution du nombre moyen annuel d’entrées nettes d’immigrés extra-européens sur les périodes intercensitaires de 1962 à 2017 ne confirme pas l’affirmation selon laquelle la France accueillerait aujourd’hui moins de ces immigrés que dans les années 1970 (graphique ci-dessous). Si ce nombre a été multiplié par 2,6 de 1962-1968 à 1968-1975, il est inférieur à celui des années 1999-2008. Il n’a cessé de baisser après 1975 jusqu’à la fin du siècle. Cette baisse conjuguée au repli de l’immigration européenne explique pourquoi la population immigrée a si peu augmenté sur le dernier quart du siècle. Au contraire, en début de XXIème siècle, la reprise de l’immigration extra-européenne s’est conjuguée à une reprise, même modeste, de l’immigration européenne.  C’est pourquoi  la proportion d’immigrés, qui avait stagné autour de 7,4 % entre 1975 et 1999, a recommencé d’augmenter ensuite (http://www.micheletribalat.fr/447654156).

 

Évolution du nombre moyen annuel d’entrées nettes d’immigrés européens et extra-européens de 1962 à 2017 en France métropolitaine.
Source : recensements jusqu’en 1999 et enquêtes annuelles de recensement après.

Mais, si le volume net des entrées d’extra-européens a été plus important de 1999 à 2017 qu’il ne l’avait été pendant la période faste de 1968 à 1975, le taux d'accroissement du nombre d’immigrés extra-européens a été plus fort de 1962 à 1982 (graphique ci-dessous). On partait de très bas en 1962 : 609 000 extra-européens en France métropolitaine. En 1982, on en comptait 1,7 million. La reprise soutenue qui se profile avec le XXIème siècle ne pouvait guère se poursuivre à un rythme aussi élevé. Le nombre d’extra-européens a augmenté de 2,4 millions en 1999 à 4,0 millions en 2017. Au rythme de la période 1968-1975, nous en aurions dénombré 8,6 millions en 2017.

Évolution du taux d’accroissement moyen annuel du nombre d’immigrés européens et extra-européens de 1962 à 2017 en France métropolitaine.
Source : recensements jusqu’en 1999 et enquêtes annuelles de recensement après.