Unmasked: Inside Antifa's Radical Plan to Destroy Democracy

 

Andy Ngo, Center Street, 2 février 2021, 317 p.

 9 avril 2021

  

Andy Ngo, journaliste indépendant qui a suivi et documenté les manifestations des Antifas et de Black Lives Matter (BLM) vit aujourd’hui à Londres. Il est né à Portland (City of Roses) de deux parents qui ont fui le Vietnam communiste après avoir été enfermés dans des camps de rééducation. Les deux se sont connus sur l’île de Riau puis se sont mariés aux Etats-Unis. Andy Ngo est donc bien au fait des agissements totalitaires et mesure la chance qu’il a eu de naître aux Etats-Unis, pays qu’il aime et admire mais qu’il a dû quitter. L’ambition de son livre est de dévoiler ce qu’est vraiment le mouvement Antifa qui a reçu trop souvent les faveurs d’une presse complaisante, sans parler de politiciens, particulièrement au parti démocrate, de stars et d’universitaires. Ni même des libraires qui refusèrent de promouvoir et de vendre en librairie son livre, Powell’s notamment[1]. Il est le résultat d’années d’enquêtes qui ont failli lui coûter la vie en 2019. Alors qu’il couvrait la manifestation des Antifas à Portland en juin, manifestation qui n’avait, d’après la journaliste du Washington Post Katie Shepherd (29/6/2019), rien de remarquable, il fut violemment attaqué par des Antifas en tenue Black Block portant des gants renforcés à la fibre de verre, au son d’un chant appelant à la paix  - No Hate ! No Fear ! -. La police se tenait à distance « car elle sait à qui appartient la rue ». Andy Ngo réussit à s’extirper sous les rires puis s’effondra. L’hôpital où il fut transporté diagnostiqua une hémorragie cérébrale. Ce qui lui valut une rééducation physique, cognitive et à la parole et un stress post-traumatique traité par un spécialiste. Malgré cette expérience douloureuse, il décida de continuer à couvrir ces manifestations sous camouflage Black Block avant de s’expatrier à Londres. Les conditions de son travail étaient devenues plus dangereuses car, après la diffusion de la vidéo de son attaque, il devint la bête noire des Antifas. Il accepta quand même d’être entendu par le Senate Subcommittee on the Constitution le 4 août 2020, à l’invitation de son président républicain Ted Cruz, tout en sachant que cela entraînerait un autre round de menaces de mort. Cela en valait-il la peine dans la mesure où les Démocrates firent la sourde oreille, cessèrent d’écouter, partirent pour les présents, avant la fin de l’audition et ne posèrent aucune question ? La coprésidente sénatrice démocrate Mazie Hirono elle-même quitta la salle avant la fin déclarant que les Antifas n’avaient tué personne et refusant de les condamner quand Ted Cruz le lui demanda. Si la violence d’extrême droite reçoit une attention particulière dans les médias, on ne trouve rien d’équivalent pour celle d’extrême gauche qui pose pour le moins autant problème.

Le mouvement Antifa est un phénomène récent aux Etats-Unis d’inspiration européenne

Les ancêtres des Antifas d’aujourd’hui remontent à la République de Weimar. Si les SS des nazis sont entrés dans l’histoire, on a un peu oublié les formations paramilitaires de gauche et notamment la création, en 1932, par le parti communiste allemand, d’une Action Antifaciste dont les Antifas s’inspirent, comme en témoignent les drapeaux qu’ils arborent aujourd’hui. Pour Andy Ngo, l’absorption de cette idéologie par la RDA permet de se figurer à quoi ressemblerait une prise de pouvoir par les Antifas. Ces derniers s’inspirent aussi de l’antifascisme italien du temps de Mussolini et des anarchistes et communistes espagnols. No pasdaran est un slogan repris par les Antifas. Mais c’est encore aujourd’hui en Allemagne que ces mouvements sont les plus importants et les plus violents et attirent plutôt la sympathie du public, compte tenu de l’histoire et de la présence de néo-nazis, notamment à l’Est. Ainsi, lors du G20 de 2017 à Hambourg, 500 policiers furent blessés.

Avant d’arriver aux Etats-Unis, les Antifas se sont implantés au Royaume-Uni, particulièrement par la culture « Oi ! » qui réunissait punks et skinheads de la classe ouvrière londonienne. Deux courants de skinheads opposés - extrême-droite et contre-culture antiraciste - se sont affrontés dans des bagarres ritualisées dans les années 1970-80. Mais les antécédents historiques pèsent encore et notamment la bataille de Cable Street à Londres en 1936 contre les militants du parti fasciste dirigé par Oswald Mosley qui reste une référence de poids pour les Antifas. Aujourd’hui, le mouvement est revendiqué et a été redéfini par les courants de la gauche britannique, anarchiste, communiste et socialiste. La fusion avec la culture punk l’a tiré vers l’anti-autoritariste et l’anarchisme. C’est un peu ce qu’on a retrouvé aux Etats-Unis dans le Midwest à la fin des années 1980. Ils s’appelaient les Baldies, se sont regroupés dans une organisation - « The Syndicate » - et se définissaient pas leur action antiraciste qui résonnait mieux aux Etats-Unis que l’antifascisme, compte tenu de l’histoire américaine. Mais, comme les néonazis et le Ku Klux Klan, ils sont restés aux marges de la société dans les années 1990-2000.

Qu’est-ce que le fascisme pour les Antifas américains ?

Les  Antifas sont présentés par la gauche comme des héros luttant contre le fascisme et le suprématisme blanc. Si tous ne sont pas des militants violents, leur conception du fascisme est très étendue et regroupe à peu près tout ce qui s’oppose à leur utopie visant à faire table rase des institutions, de l’histoire et de la culture américaines. Avec l’élection de Donald Trump, leur idéologie, « enrichie » des revendications de BLM, de l’intersectionnalité et autres théories critiques en vue à gauche, a muté en un extrémisme violent. Mais, pour les Antifas, leur violence n’en est pas une. Rose City Antifa de Portland postait en 2017 ce message sur Facebook: « l’antifascisme est, par nature, une forme d’auto-défense : le but du fascisme est d’exterminer la grande majorité des êtres humains » (p. 159). Les Antifas pensent qu’ils n’ont donc pas à s’excuser de recourir à la violence. Rompus aux subtilités du marxisme culturel, ils travestissent le sens des mots à leur avantage : « les mots sont une violence », ce qui justifie la leur. La propriété aurait ainsi été une particularité de Blancs oppressant des Noirs. Elle peut donc être détruite, d’où la tolérance grandissante pour les pillages. Un des slogans de BLM l’exprime sans ambages : « People over Property ». Un certain nombre des dogmes Antifas ont été intégrés au monde universitaire dont est issue la nouvelle génération de politiciens, de leaders et de militants.

Les émeutes de 2020

Andy Ngo consacre trois chapitres aux émeutes qui se sont déroulées en 2020 dans les grandes villes américaines, tout particulièrement à Minneapolis, Portland et Seattle, après la mort de George Floyd à Minneapolis aux mains d’un policier. C’est à ce moment là que la violence Antifa attira l’attention des Américains. À Minneapolis, des Antifas, tout de noir vêtus, casqués, portant des masques anti-gaz, armés de massues et de parapluies noirs (pour bloquer les prises de vues, comme à Hong Kong) vandalisèrent et pillèrent des bâtiments pendant quatre jours avant que le mouvement ne se propage à d’autres villes. On vit même sur les portes d’un magasin dévasté un graffiti annonçant : « Free shit for everyone zone ». Le vandalisme a été théorisé comme un acte politique de protestation contre le capitalisme, le suprématisme blanc et la police. Un think tank anarchiste ‘CrimethInc’ a même publié un manuel intitulé  Why We Break Windows : The Effectiveness of Political Vandalism. Le Revolutionary Abolistionist Movement, qui était en tête de la manifestation du 4 septembre 2020 à Manhattan, arborait une bannière intitulée « Mort à l’Amérique ». Il a développé un agenda en dix points pour y parvenir.

La création de zones autonomes interdites à la police et patrouillées par des hommes de sécurité Antifa en armes stupéfia beaucoup d’Américains, mais reçut le soutien de responsables politiques et de personnes célèbres (Steve Carel par ex.), notamment par leur participation financière à des fonds visant à payer les cautions des manifestants arrêtés. Le retrait de la police, censé être une victoire contre la violence, se traduisit par un envol de la criminalité dont les premières victimes furent des Noirs. Mais, pour les Antifas, seule compte la violence attribuée à la police et chaque Noir abattu lors d’une arrestation policière est une opportunité pour relancer le combat. Quelles que soient les circonstances, les victimes deviennent des martyrs de la cause. Ce fut le cas de Jacob Blake, recherché par la police pour viol à Kenosha dans le Wisconsin. Cette dernière dut intervenir le 23 aout 2020 après avoir été appelée par la victime du viol en mai, suite à l’intrusion du même Jacob Blake. L’intervention fut filmée et témoigne de la difficulté de l’appréhender alors qu’il essaie de se saisir d’un couteau dans sa voiture. Blessé par le tir d’un policier, son arrestation déclencha une émeute, des pillages et des incendies (notamment du Palais de justice du comté) par des militants BLM et Antifas. Sur les 175 arrestations d’émeutiers à Kenosha, 102 résidaient dans d’autres villes. Plus tard, Kamala Harris visita le violeur pour lui dire à quel point elle était « fière de lui » (p.28).

La CHAZ à Seattle

La plus célèbre des zones autonomes est sans doute La CHAZ (Capitol Hill Autonomous Zone) qu’Andy Ngo, malgré son expérience traumatisante de 2019, infiltra pendant une semaine, en tenue Black Block, masqué, sans trop s’approcher des meneurs. Au début, la CHAZ, d’où la police avait dû déménager le commissariat, fut vue comme « une expression pacifique du deuil collectif de notre communauté et de leur désir de construire un monde meilleur »  par le gouverneur. Le maire déclara même que la CHAZ pourrait être « un été d’amour » ! Vu de la frontière, en plein jour, cela pouvait sembler plausible. Mais de l’intérieur, surtout la nuit, la situation était plus qu’effrayante, sauf pour les journalistes complaisants, les seuls tolérés dans la zone : distribution de tracts extrémistes (y compris aux enfants) donnant des recettes pour se protéger de la police et fabriquer des bombes rudimentaires avec de la peinture et des ampoules électriques, milices armées, fusillades, habitants et commerçants terrorisés. La fusillade du 29 juin touchant deux jeunes noirs au volant d’une jeep finit par convaincre le maire de démanteler la CHAZ. Ce fut fait en une demi-heure, mais ne mit pas fin aux émeutes. Andy Ngo en fut chassé au bout d’une semaine par une transsexuelle qui l’avait reconnu et l’avait déjà menacé en ligne. Le mouvement garda la sympathie du maire qui ne demanda jamais de nouvelles des 100 policiers blessés. La chef du commissariat, une femme noire, à bout, démissionna après qu’on lui eut supprimé 100 postes et quitta la ville : « I’m done. Can’t do it ».  

Portland

Les mêmes scènes de violence, de pillage et de vandalisme se retrouvèrent à Portland où les émeutes autour du Justice Center, déclenchées début mai, durèrent des semaines, malgré l’état d’urgence déclaré par le maire, avec des records d’homicides dans les mois qui suivirent. Des brigades de centaines de « Light Mages » équipés de lasers visant les yeux de la police vinrent en renfort à l’arrière des premières lignes attaquant les policiers. Les déboulonnages de statues et l’incendie du musée du centre-ville ne furent suivis d’aucune arrestation.

Les Antifas ont tout pour assurer leur autonomie explique Andy Ngo : un plan, des militants et sympathisants, du matériel et de l’argent grâce aux divers fonds de soutien qui collectent de l’argent, notamment pour payer les cautions y compris lors de crimes graves. Ils sont très organisés et exercent une surveillance des entrants comme à la CHAZ. Souvent, ils disposent d’armes à l’air anodin comme des bouteilles d’eau glacée, des lance-pierres armés de billes métalliques ou des parapluies avec parfois des lames de rasoir au sommet. Même désarroi qu’à Seattle de la police interdite d’usage de gaz lacrymogènes (avec démission du chef noir traité de traitre) par des responsables politiques terrifiés à l’idée de demander aux Antifas et à l’extrême gauche en général de rendre des comptes. L’escalade des violences, avec l’attaque du tribunal fédéral conduisit le maire, Ted Wheeler, à en appeler au FPS (Federal Protective Service) et à l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), la police locale n’étant pas, selon lui, autorisée à protéger une propriété fédérale. D’ailleurs, à la mi-juillet, il lui interdit de coopérer avec la police fédérale. Cette dernière n’était pas la bienvenue à Portland et fut traitée dans les médias de « Trump’s Gestapo », « storm troopers », « thugs ». Les politiques locaux cherchèrent à saper ses efforts pour défendre la propriété fédérale et quand Chad Wolf, le secrétaire d’Etat à la Sécurité intérieure, vint à Portland mi-juillet, on refusa de le recevoir. Tout cela fit une publicité formidable aux Antifas qui furent jusqu’à 5000 devant le tribunal. C’est à Portland que se développa un phénomène nouveau - des Antifas se faisant passer pour des journalistes – après qu’un juge fédéral exempta tous les journalistes des ordres de dispersion. Lorsqu’après quatre semaines de batailles le gouverneur Brown accepta de retirer les forces fédérales, les médias virent le calme revenir alors même que les émeutes se firent plus violentes. Les responsables politiques et judiciaires étaient soucieux d’apparaître woke dans une ville très à gauche. Le procureur promit même une réforme de la justice favorable aux émeutiers. La police retrouvait, parmi les émeutiers, ceux qu’elle avait arrêtés puis relâchés plusieurs fois. Sur les 978 arrestations, 90% furent rejetées par le procureur au motif suivant : « out of ‘interest of Justice’ ». Les Démocrates pensaient bien naïvement pouvoir maîtriser les Antifas en faisant des concessions. Pourtant, le 8 novembre 2020, ces derniers saccagèrent le bâtiment du bureau démocrate du comté en y laissant ces messages - « Fuck Biden », « No president » - accompagnés du symbole de l’anarchie.

L’organisation Antifa existe bel et bien malgré les dénégations médiatiques et politiques

De 2017 à 2019, Andy Ngo eut l’occasion d’observer de près cette organisation à Portland où elle est très implantée : planification, coordination, financement et recrutement. Les rassemblements supposés d’extrême droite sont l’occasion pour les Antifas d’appeler à des manifestations. S’ils admirent les Black Panthers, ils essaient de ne pas répéter leurs erreurs conduisant à des arrestations, tout en infligeant un maximum de dommages matériels et physiques, sans causer la mort des ennemis, avec des armes d’apparence bénigne, lors d’attaques par petits groupes épuisant les forces de l’ordre et créant l’illusion qu’ils ne sont pas dangereux.

Mais ce fut la mise en ligne par le projet Veritas (site de journalisme indépendant) d’une série de vidéos #ExposeANTIFA, filmées par un volontaire infiltré pendant six mois sous le sobriquet de Lion dans Rose City Antifa (RCA), qui permit de constater que, s’ils n’ont pas de direction centralisée, les Antifas sont organisés en cellules locales dotées de structures formalisées et d’adhérents. Les prétendants doivent d’ailleurs subir un long cycle de formation qui est aussi l’occasion de tester les limites de leur loyauté. Lion dut d’abord suivre une formation à la sécurisation informatique afin de contourner la surveillance et garantir l’anonymat. RCA est une cellule du Torch Network dédié au combat du fascisme et autres éléments de l’oppression et croyant à l’action directe. Un groupe peut s’y joindre s’il est reconnu comme adhérant à au moins deux chapitres du syllabus du réseau et si deux individus se portent garants. C’est une structure fantôme qui les rapprochent du djihadisme, écrit Andy Ngo : endoctrinement, méfiance par rapport à l’entourage personnel, stratégies pour ne pas être tracé sur le net, refus de collaborer avec la police et la justice, lectures obligatoires, formation au doxing, activité prise très au sérieux, avec vérification avant propagation des données personnelles des ennemis, entraînement Black Block, entraînement aux arts martiaux… Les groupes Antifas n’appartenant pas au réseau pratiquent de la même manière. Lion fut rejeté au bout de six mois d’apprentissage, non parce qu’il fut découvert mais parce qu’il manquait d’ardeur lorsqu’il fallait s’engager dans des activités criminelles lors d’actions planifiées par le RCA. Son identité est restée heureusement inconnue car, chez les Antifas, la traitrise est un péché mortel.

Sur les vidéos diffusées ensuite on voit la manière dont les Antifas sont recrutés, radicalisés et entraînés à la violence. Notamment lors de séances d’entrainement dans une librairie féministe radicalisée (Other Words Feminist Company Center), qui aujourd’hui n’existe plus, mais prêtait ses locaux pour des causes d’extrême gauche. On apprend aux recrues comment dissimuler ses armes à la police, comment blesser et faire mal : « si tu mets un bon coup au foie ou au rein, ça les paralyse » et ça donne le temps de s’enfuir ou permet de procéder à un tabassage en règle.

Les Antifas ont tout un réseau de librairies et de centres communautaires qui leur sert de couverture et dans lesquels on recueille des dons. Sur les zones autonomes sont organisées des Riot Kitchen qui délivrent des repas gratuits, s’attirant ainsi la sympathie du public. Ils disposent aussi de leur propre programme alternatif d’aide mutuelle, pour laisser croire que  l’état est inefficace. 

Dans la mouvance Antifa, la Redneck Revolt est une milice fondée en 2009 qui est venue en  soutien des manifestations Antifas en 2017. Ses militants portent une tenue militaire et des armes à feu et cherchent à intimider les opposants. Mais les Rednecks de Shelby en Caroline du Nord ont quitté l’organisation, jugée insuffisamment radicale parce qu’elle aurait adopté « une culture interne qui épouse les caractéristiques capitalistes ».

Violence mortelle

Mais il arrive que la violence des Antifas soit mortelle. Andy Nggo cite quelques cas exemplaires de meurtres ou tentatives par des Antifas ou/et BLM. Les meurtriers abattus par la police sont devenus des martyrs de la cause. Le cas le plus frappant, mais aussi exemplaire des réactions des militants, est sans doute celui de Michael Reinoehl, volontaire pour le service de sécurité des Antifas-BLM et dont ses écrits sur Instagram indiquaient une radicalisation en faveur d’une révolution violente. Il avait été arrêté à plusieurs reprises puis relâché. Ainsi, le 5 août 2020, il fut arrêté par la police de Portland alors qu’il était en possession illégale d’armes à feu et qu’il avait été photographié en train de se battre avec la police. Le 29 août, il tua pratiquement à bout portant Aaron Jay Danielson, un supporteur de Trump affilié au Patriot Prayers qui avait participé à une manifestation pro-Trump. Lorsqu’on sut qu’un meurtre avait eu lieu, les Antifas et leurs journalistes affiliés annoncèrent qu’un camarade noir avait été tué par un supporteur de Trump. Mais, quand les Antifas regroupés devant le Justice Center de Portland surent ce qui s’était réellement passé, ils firent la fête en chantant, dansant et en brûlant le drapeau américain. Michael Reinoehl, qui s’était enfui, fut localisé dans un appartement à Washington et abattu alors qu’il prenait la fuite en possession d’une arme. Il devint un martyr des Antifas de Portland, qui attaquèrent un commissariat de police et y laissèrent un graffiti : « You murdered Michael Reinoehl ».

Doxing : un moyen d’intimidation favori des Antifas

La violence physique n’est pas le seul problème posé par les Antifas. Ils dépensent beaucoup d’énergie à repérer le lieu d’habitation, les amis, les conjoints et habitudes de ceux qu’ils déclarent fascistes afin de les terroriser et de leur nuire. Andy Ngo en a fait l’expérience lorsque six d’entre eux, portant des masques de son propre visage, se sont pointés devant chez lui la nuit d’Halloween 2019, sonnant puis tambourinant ensuite à sa porte. Ils ne violaient aucune loi mais ce fut l’expérience la plus terrifiante de sa vie. La plupart des activités de doxing fleurtent avec la ligne rouge de la criminalité. Mais rien n’interdit de publier l’adresse de quelqu’un sur les réseaux sociaux, notamment sur Tweeter. Même les menaces de mort reçues par Andy Ngo n’ont eu aucune suite judiciaire. Les dénonciations très agressives des Antifas aboutissent parfois à harasser de parfaits inconnus. Ce fut le cas d’un Asiatique qu’on avait pris pour Andy Ngo, qui semblait correspondre à sa description physique et fréquentait les endroits où il avait été vu. Il fut attaqué et volé dans un club de gym par une Antifa connue.

L’influence grandissante  des Antifas sur la gauche conventionnelle

« Une portion notable des politiciens démocrates, intellectuels, universitaires et journalistes jugent les émeutes et les pillages acceptables, si c’est au nom de la ‘justice raciale’ » (p. 207). Le soutien d’Alexandria Ocasio-Cortez, parlementaire de New York affiliée au parti des Démocrates Socialistes Américains, parti qui avait un stand dans les zones autonomes, n’est guère un mystère. Elle a appelé au démantèlement de l’ICE, à l’arrêt du financement de la police et à la fin du capitalisme et a promu avec Ayanna Pressley, députée du Massachussetts, un fonds visant à payer les cautions des manifestants arrêtés à Boston. Mais les Antifas cherchent surtout à s’implanter dans les institutions locales, à l’image de Keith Ellison. Ce dernier, converti à l'islam, aujourd’hui procureur général du Minnesota après avoir été, dans sa jeunesse, un ardent admirateur de l’antisémite Louis Farrakhan et un promoteur d’un état noir dans le sud, s’il s’est fait plus discret, a quand même soutenu la publication d’un livre de propagande Antifa dont les droits d’auteur revenaient à un fonds Antifa internationnal. Rappelons que c’est à Minneapolis que fut voté le démantèlement de la police. À Seattle, où la municipalité avait voté à sept contre un le sabrage des fonds consacrés à la police, la seule opposante avait jugé la mesure insuffisante. Ted Wheeler, maire de Portland n’a cessé de chercher à plaire aux émeutiers mais a eu du mal à rivaliser avec Jo Ann Hardesty, membre du Conseil municipal, qui a été jusqu’à attribuer les violences des Antifas aux suprématistes blancs.

La propagande : le nerf de la guerre de l’information

La guerre de l’information consiste à cacher ou nier certaines informations et à en répandre d’autres, processus dans lequel la vérité n’est pas le critère décisif. L’atout des Antifas réside dans la complaisance de médias qui les décrivent trop souvent à la fois comme des héros de la lutte contre le racisme et comme un produit de l’imagination de l’extrême droite. S’ils sont présentés comme des gentils c’est souvent par ignorance de ce qu’ils sont.

En effet, les Antifas ont fait de l’expulsion des journalistes non dévoués à leur cause leur priorité. Ils disposent même de manuels sur la manière de s’opposer à leur travail. La presse Antifa est facile à identifier parce qu’elle est la seule à pouvoir les interviewer et les photographier. Ainsi, l’Union des journalistes Free Lance de Industrial Workers of the World à écrit un code de conduite impératif pour leurs journalistes couvrant les émeutes de 2020 afin d’éviter les incriminations : arrêter de filmer si un camarade demande,  flouter tous les signes d’identification sur les images, y compris les tatouages. Mais la connivence et le blanchiment ne s’arrêtent pas à la presse explicitement militante. The Oregonian déclara ainsi à l’été 2020 qu’il ne publierait plus les photos prises par la police lors d’arrestations d’émeutiers, pourtant le seul moyen de les démasquer.

Le cas de Talia Lavin mérite d’être évoqué. Journaliste fact-checker au New Yorker passée par Harvard, elle avait contribué à mettre en danger Andy Ngo en prétendant qu’il collaborait avec  un groupe terroriste néo-nazi AtomWaffen. Mais elle fit pire, si l’on peut dire, lorsqu’en 2018 elle accusa faussement Justin Gaertner, ancien Marine et expert légiste à l’ICE qui avait perdu ses deux jambes en Afghanistan, d’avoir un tatouage nazi sur le coude. Si elle fut amenée à démissionner du New Yorker, elle ne vit pas sa carrière ruinée puisqu’elle n’eut aucun mal à se faire passer pour une victime et à travailler en free lance pour divers médias. Elle fut même recrutée un temps par l’Université de New York pour une formation sur la manière de faire des reportages sur l’extrême-droite. La Cancel Culture n’est pas pour tout le monde !

 

Andy Ngo n’est pas rancunier. Il invite à la compassion envers tous ceux qui ne sont pas les enfants gâtés de la bourgeoisie américaine, éprouvent de vraies difficultés et se sont laissé infecter par le virus du grief qui a contaminé tout l’Occident. La diabolisation de la police a procuré une quasi-impunité aux BLM et Antifas. Ce n’est pas tant un déficit de lois qui fait problème que leur non application. Andy Ngo propose que les procureurs élus qui préfèrent ne pas poursuivre pour garder leur place fassent l’objet d’une supervision qui les oblige à rendre des comptes. Quant à la presse, pilier de la démocratie, on ne peut que souhaiter, sans trop y croire, qu’elle retrouve le souci de la vérité et cesse d’endoctriner les citoyens en leur laissant croire que le patriotisme est synonyme de racisme et de fascisme. C’est en tout cas le vœu d’Andy Ngo qui a conçu ce livre comme une lettre de gratitude à l’Amérique qui a accueilli ses parents qui fuyaient la République socialiste du Vietnam. 



[1] « Unmasked would « remain in our online catalog » since « we carry a lot of books we find abhorrent, as well as those that we treasure », « Andy Ngo Unmasks the Real Threat to American Fredom », David Lewis Schaefer, Law & Liberty,  31 mars 2021, https://lawliberty.org/the-real-threat-to-americas-constitutional-institutions/. The Antifa Thugs shame America, Douglas Murray, UnHerd, 15 janvier 2021, https://unherd.com/2021/01/the-antifa-thugs-shame-america/?=refinnar.