CE QUE VALÉRIE PÉCRESSE CROIT SAVOIR DE LA STATISTIQUE DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR SUR L’IMMIGRATION ÉTRANGÈRE EN FRANCE

25 avril 2021

 

 

J’ai écouté ce matin l’émission Le grand rendez-vous sur Europe 1. Michaël Darmon, en compagnie de Nicolas Barré des Échos et Yoann Usai de CNews, recevait Valérie Pécresse.

Questionnée sur l’immigration, et notamment sur les 276 000 premiers titres de séjour délivrés par le ministère de l’Intérieur en 2019[1], elle insiste pour en décrire la composition et évoque ainsi deux catégories qui ne sont pourtant pas comptées, en tant que telles, dans les 276 000 titres de séjour délivrés : les demandeurs d’asile et les mineurs isolés. Les demandeurs d’asile de l’année ne figurent que s’ils ont obtenu l’asile dans l’année et se sont vus délivrer en conséquence un titre de séjour. Les mineurs isolés n’y sont pas non plus parce qu’aucun mineur étranger n’est obligé de détenir un titre de séjour sauf s’il a au moins 16 ans et un travail. La variable sur laquelle est établie la statistique du ministère de l’Intérieur est la délivrance d’un titre de séjour. Ainsi les étrangers de l’UE n’y sont pas, sauf s’ils souhaitent se voir délivrer un titre de séjour, alors qu’ils ne sont pas obligés d’en détenir un.

La statistique du ministère de l’Intérieur est donc imparfaite, mais ce n’est pas une raison pour se livrer, comme l’a fait François Héran lui-même[2], donnant ainsi un très mauvais exemple, à des calculs de coin de table. Par exemple, ajouter les demandeurs d’asile de l’année reviendra à compter deux fois ceux qui ont déjà leur titre de séjour en poche, mais deux fois aussi ceux qui l’obtiendront plus tard, notamment lors d’une régularisation de leur situation. Il en va de même pour une partie des mineurs isolés, qu’on appelle maintenant mineurs non accompagnés, qui obtiendront à leur majorité un titre de séjour après avoir été reconnus mineurs et confiés à l’Aide sociale à l’enfance.

Valérie Pécresse n’entre pas dans ces subtilités car, visiblement, elle n’a aucune idée de la manière dont est élaborée la statistique du ministère de l’Intérieur ni de ce que contiennent ses publications biannuelles sur le sujet. Ce qui est problématique pour la présidente du Conseil régional de l’Île-de-France, mais l’est encore plus pour une candidate à la magistrature suprême.

Les trois journalistes, représentant trois médias différents, n’en ont aucune idée non plus. Ils la croient sur parole et n’ont jamais eu la curiosité de consulter ces mêmes publications.

Cette incurie généralisée, côté politique et côté presse, ne peut que susciter un profond découragement.