THE UNCANCELLABLE LEFT

G. Patrick Lynch, Law &Liberty, 28 mai 2021-05-27

https://lawliberty.org/the-uncancellable-left/

 

29 mai 2021

 

Dans un texte particulièrement réjouissant, G. Patrick Lynch, Senior Fellow au Liberty Fund, pousse la logique de la cancel culture jusqu’à l’éradication des icônes de la gauche. Agacé par le caractère incorrect de l’appellation « woke », tout en reconnaissant que c’est peut-être dû à son attachement irraisonné à une grammaire fasciste, il lui préfère le mot « awake ». Mais, déterminé à rejoindre les rangs des plus éveillés des éveillés, des drogués à la caféine, il propose son aide pour purger la société de tout ce à quoi les éveillés n’ont pas prêté suffisamment attention.

Loin de lui l’idée de calomnier ceux qui se sont arrêtés à des cibles évidentes telles que le Dr Seuss[1] ou Aristote. C’est dans le Panthéon de la gauche qu’il se propose de faire le ménage, en commençant par Marx dont les propos sur les juifs, les noirs et autres peuples de couleur n’étaient guère flatteurs. Si l’on a éliminé des statues de David Hume et d’Adam Smith qui ne se sont jamais intéressés aux questions raciales, il faut se débarrasser des statues de Marx, de ses écrits, ce qui, au moins, aura l’avantage de ne pas avoir à relire Le Capital. Mais Rousseau non plus n’était guère élogieux sur les capacités intellectuelles des noirs et n’a pas levé le petit doigt en faveur de l’abolition de l’esclavage. Pas question de baisser la garde. À la trappe !

Il en va de même pour les icônes révolutionnaires, notamment latinos, auxquelles les insomniaques sont encore incompréhensiblement attachés. Elles aussi doivent sortir de l’histoire sans les honneurs. C’est le cas de Che Guevara, décrit par Guillermina Sutter Schneider comme un raciste, un homophobe et un meurtrier de masse[2]. Sans parler de Fidel Castro, homophobe avéré, à jeter, lui aussi, aux oubliettes de l’histoire si l’on veut défendre sérieusement la cause LGBTQ. À la trappe !

Même si c’est un crève-cœur, pas question d’épargner Antonio Gramsci, lui qui jugeait que la monogamie hétérosexuelle était essentielle à la victoire marxiste. À la trappe !

Et c’est avec bien des regrets qu’il faut aussi se libérer de l’idée selon laquelle les organisations syndicales auraient été un puissant instrument de promotion de la justice sociale, en raison du racisme qui les caractérisait lors de leur formation.

Les accros à la caféine ont des sacrifices encore plus durs à faire : Jean-Paul Sartre pour ses écrits sexistes et Michel Foucault pour son inclination à promouvoir les rapports sexuels entre adultes et mineurs. Ce qu’une icône insomniaque ne saurait tolérer.

G. Patrick Lynch conclut son papier en évoquant Ray Bradbury et sa façon de railler les brûleurs de livres. Ne peut-on voir dans Farenheit 451 une critique voilée, avant l’heure, de l’entreprise des éveillés ? Au fond, n’est-ce pas le but de la cancel culture de faire disparaître tout ce qui déplaît aux éveillés du moment ?  Que les éveillés rassemblent les livres de Ray Bradbury et y mettent le feu ! "And burn, baby, burn".



[1] Un auteur de livres pour enfants particulièrement populaire aux Etats-Unis. À l’occasion du 117ème anniversaire du Dr Seuss en mars 2021, les gestionnaires de son patrimoine ont déclaré retirer six de ses livres en raison de représentations racistes.

[2] Lire par exemple "Are You Gay ? Che Gevara Would Have Sent You To A Concentration Camp", https://www.huffpost.com/entry/are-you-gay-che-guevara-would-have-sent-you-to-a-concentration_b_59cc0d9ee4b0b99ee4a9ca1e.