THE MAKING OF A NEW MARXIST REVOLUTION

BLM

Mike Gonzalez, Encounter Books, 23 septembre 2021, 304 p.

 

L’intrusion dans le Capitole d’une « foule rebelle de bouffons » a donné de la substance à l’idée, très ancrée à gauche, selon laquelle ces sont les militants d’extrême droite qui sont les plus dangereux pour la démocratie américaine. Elle a fait oublier, grâce à une presse obligeante, les mois d’émeutes et de pillages qui avaient précédé et a donné ainsi un avantage moral à l’agenda politique de BLM. En 2020, tout, du baseball aux églises, a succombé à l’obsession de la race. La suspicion de racisme qui plane sur celui qui s’aventure à regarder de près ce qu’est effectivement BLM explique la complaisance et la surenchère des médias. L’ambition de Mike Gonzalez est de combler cette absence d’investigation et d’éclairer le public sur ce qui transpire en 2020 et sur les forces historiques qui y ont conduit. Pour cela il est nécessaire de remonter jusqu’à l’esclavage.

Les Noirs étaient-ils des hommes comme les autres pour les pères fondateurs ?

Pour le sénateur Stephen Arnold Douglas, certainement pas. Pour lui, le Noir étant incapable de se gouverner lui-même, les pères fondateurs l’ont forcément exclu d’une commune humanité avec le Blanc.

La rivalité politique entre les États du Sud et du Nord sur la question de l’esclavage prit un tour inquiétant en 1857 avec l’arrêt Dred Scott v. Standford rendu par la majorité de la Cour suprême et dont l’avis fut rédigé par le Juge en chef, Roger Brooke Taney. D’après ce dernier, les Noirs n’appartenaient pas à la communauté politique ayant abouti à la Constitution car ils étaient alors considérés comme inférieurs. Ils n’étaient donc pas concernés par la déclaration selon laquelle tous les hommes sont créés égaux. Cet arrêt, qui établissait un ordre constitutionnel contraire à celui de 1787, ne pouvait conduire qu’à la guerre. Le compromis sur l’esclavage lors de la Convention constitutionnelle visait à ne pas perdre la Géorgie et la Caroline du Sud, tout en refusant d’inscrire une infériorité des Noirs dans la Constitution. Pour Abraham Lincoln, élu président en 1860, aucun des pères fondateurs n’imaginait que l’esclavage se poursuivrait aussi longtemps.

BLM, du coté de Stephen Douglas

Pour BLM, les pères fondateurs étaient au mieux des hypocrites. Au pire, ils cherchaient à consolider l’esclavage. D’après Nikole Hannah-Jones, l’architecte du projet 1619, la Déclaration d’indépendance ne s’appliquait qu’aux Blancs. Ibram X. Kendi parle d’ailleurs de la Déclaration d’indépendance de l’Amérique blanche. Pour être crédible, Thomas Jefferson aurait dû parler de l’égalité des groupes raciaux.

C’est ce positionnement qui légitime l’acharnement des « éveillés » contre la constitution et leur projet de mettre à bas « le système ». Cette vision, partagée par BLM, repose sur une analyse historique erronée. Si James Wilson a proposé qu’un Noir soit compté comme représentant 3/5ème d’un Blanc, c’est pour éviter que les États sudistes n’imposent leurs vues sur l’esclavage. Pas pour diminuer la valeur humaine du Noir.

BLM préfère ainsi suivre Stephen Douglas plutôt que Fréderic Douglass, qui avait osé prendre son maître violent au collet et devint l’abolitionniste le plus célèbre. Douglass voyait dans la Constitution un document magnifique sur la liberté. C’est bien pourquoi John Caldwell Calhoun, pro-esclavagiste, y décelait aussi les prémisses de la destruction de l’Amérique esclavagiste, laquelle rogna tant qu’elle put sur les droits des Noirs et sur les conditions de leur affranchissement. Le renversement historique faisant des pères fondateurs des suppôts de l’esclavage et non la source qui conduisit à son abolition est la matrice du projet de destruction des institutions américaines.

Un élan brisé par la légalisation de la ségrégation

La guerre de sécession, qui fit 600 000 morts dont 360 000 Blancs du Nord, mit fin à l’esclavage par le vote du 13ème amendement, établit l’égale protection des Américains (14ème amendement) et interdit toute privation du droit de vote (15ème amendement). Ce qui n’empêcha pas les Sudistes pro-Taney d’user de tous les subterfuges pour empêcher les Noirs de voter, ni la légalisation de la ségrégation avec l’arrêt Plessy v. Ferguson de 1896. Cette trahison, l’inhumanité de la ségrégation et les lynchages suscitèrent un désir de révolte.

L’apparition d’intellectuels noirs engagés dans les années 1920 incita les Soviétiques à noyauter les révoltes, sans grand succès. Leur projet était d’instaurer une « Black Belt » dans le Sud en appelant les Noirs à la révolte, laquelle conduirait à la révolution dans tout le pays. Marcus Garvey, promoteur d’une nation noire indépendante en Afrique, voyait d’un très mauvais œil la lutte des classes avec des blancs bourrés de préjugés. Globalement, la campagne soviétique fut un échec et ne convainquit pas les Noirs, pleinement américains, d’inscrire la ségrégation dans la géographie des États-Unis.

Les années 1960

Si les années 1960 virent l’avènement des droits civiques grâce à l’action de Martin Luther King, elles furent aussi marquées par le surgissement de groupes beaucoup plus radicaux qui ne furent pas limités aux militants noirs : Black Panthers, Black Liberation Army, mais aussi les Weathermen[1] qui furent qualifiés de groupe terroriste et dont ceux qui sont encore vivants et sont revenus de leur action violente sont directement impliqués aujourd’hui dans BLM. Ce militantisme surgit dans une Amérique qui, tout en reconnaissant une culpabilité blanche et en promettant que la race n’interviendrait plus dans les décisions politiques, voyait encore trop souvent des Noirs traités de manière abjecte. Il va manipuler habilement cette reconnaissance des fautes passées, cette culpabilité, pour l’étendre à d’autres groupes. Pour Mike Gonzalez, la culpabilité blanche née dans les années 1960 a métastasé, dans les années 2020, en la défense d’une justice sociale pénitentielle. Il résume l’évolution du militantisme noir d’une formule éclairante : on serait passé du slogan « We shall overcome » à « We shall overrun ». En 1966, à Greenwood Mississipi, Stokely Carmichael appelait à renverser le système et à prendre le pouvoir (Black Power). Dans leur livre paru en 1967, Black Power : The Politics of Liberation in America, Stokely Carmichael et Charles V. Hamilton dénonçaient un racisme institutionnel et déclaraient que la société blanche n’avait droit à aucune garantie, même s’il était possible de lui en offrir. Pour Mike Gonzalez, les politiques identitaires actuelles sont une retombée directe du moment Black Power.

Angela Davis et JoAnne Chesimard, égéries de BLM

Angela Davis ne fut membre des Black Panthers que pendant 6 mois, ce mouvement étant probablement jugé par elle trop machiste. Puis, elle rejoignit ensuite la cause d’un groupe de prisonniers noirs, les Soledad Brothers. Elle fut arrêtée pour suspicion de complicité dans le meurtre d’un juge lors d’une tentative d’évasion. Acquittée en 1972, elle devint la star des libéraux américains, mais aussi des dictateurs de La Havane, Berlin Est et Moscou et… des Rolling Stones. Dans les années 1980, elle se présenta à la vice-présidence du PC américain qu’elle jugeait cependant trop peu radical. Elle fit son coming-out comme lesbienne en 1997. Aujourd’hui professeur émérite à l’Université Santa Cruz, elle présente le multiculturalisme comme l’arme qui va permettre de démanteler les institutions. JoAnne Chesimard, membre de plusieurs groupes violents, dont le Weather Underground, fut condamnée à mort pour le meurtre d’un policier en 1977. Elle est en cavale à Cuba depuis 1980, sous le nom d’Assata Shakur, après une évasion spectaculaire organisée par Susan Rosenberg chez qui la police trouva une armada impressionnante d’armes. Condamnée à 58 ans de prison, cette dernière fut graciée par Bill Clinton en 2001. 

Les trois fondatrices de BLM

Les médias ont insisté sur la spontanéité des manifestations après la mort de Georges Floyd (12 000 dont 633 ont tourné à l’émeute) alors que BLM a joué un rôle majeur dans leur organisation, notamment à travers le réseau social de sa Global network Foundation (BLM-GNF). La dimension révolutionnaire de BLM ne devrait échapper à personne puisque c’est le « chant d’Assata »[2] qui clôture chacun de leurs meetings, dans lesquels les teeshirts « Assata Tought Me » remportent un grand succès.

Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi, les trois fondatrices de BLM, dont deux sont queer, sont nées au début des années 1980. En dépit de parcours différents, elles professent toutes trois un fervent anticapitalisme. Opal Tometi, lors d’une visite à Nicolas Maduro en 2015, loua la démocratie vénézuélienne comme étant la meilleure du monde et tança ses élites trop accrochées à leurs privilèges blancs, comme le sont tous les coloniaux. Elle dirige la BAJI (Black Alliance for Just Immigration). Patrisse Cullors est plus centrée sur l’Amérique. À la sortie du lycée, elle suivit une formation marxiste très serrée, notamment dans le Labor Community Strategy Center, fondé par Éric Mann, un ancien Weartherman (qui fit de la prison). Pour donner une idée du contenu de ces formations, Éric Mann appelait aussi son centre « Harvard (ou University of Caracas) of Revolutionary Graduate School », lequel devait empêcher ses étudiants de devenir des « bourgeois pigs ». Alicia Garza, la plus importante des trois, commença à se radicaliser à l’Université, après quoi elle rejoignit la SOUL (School Of Unity and Liberation). C’est là qu’elle commença sa formation marxiste. La SOUL, qui fut créée en 1996 pour inciter les gens de couleur à voter, est une « filiale » du plus grand groupe communiste des Etats-Unis (FRSO, Freedom Road Socialist organization) et chevauche diverses organisations marxistes, dont PUEBLO (People United for a Better Life in Oakland) où Alicia Garza fut recrutée un temps pour organiser l’opposition à la construction d’un Walmart. À côté de ces trois figures marquantes, n’oublions pas Melina Addullah, née à Oakland et élevée par des parents marxistes, membres, ainsi que leurs amis, des Black Panthers. Professeur d’études panafricaines à l’Université d’État de Californie, c’est elle qui a fondé la section BLM de Los Angeles.

2013 : l’année de naissance de BLM

C’est Alicia Garza qui poste un message sur Facebook - « Black Lives Matter » - le 13 juillet 2013, après l’acquittement de George Zimmermann auteur du meurtre de Trayvon Martin. C’est Patrisse Collors qui lance le hashtag et Opal Tometi qui crée le site. L’affaire Michael Brown à Ferguson en août 2014 donne un coup de fouet au mouvement (M4BL[3]) qui devient une sorte d’empire de la révolution globale. De nombreuses sections BLM se créent dans les villes américaines.

M4BL prit une forme plus officielle lors d’un rassemblement à Cleveland en 2015. BLM-GNF, fondée en 2013, est une autre des ces entités parapluie. Patrisse Cullors la dirigea un peu moins d’un an en 2020-2021. Dans son rapport publié en 2021, elle y décrivait BLM-GNF comme la combinaison de trois entités : BLM-GNF, BLM Grassroots (à vocation locale, dirigée par Melina Abdullah) et BLM Political Action Committee (PAC). Au fil du temps, M4BL a un peu lissé son image en gommant, par exemple, le slogan prônant la disparition de la famille nucléaire et, sur son site, il n’y est plus question de « camarades ». Il a ajouté des positions féministes et favorables aux LGBTQ, pour coller aux orientations de BLM-GNF. Les nuances apportées au mouvement sont purement tactiques. Avec le PAC, BLM peut exercer un lobbying auprès des politiques pour soutenir des projets législatifs. C’est ainsi qu’il a défendu le projet de loi BREATHE censé couper les fonds alloués à la police. Cette participation politique est, elle aussi, purement tactique. BLM a même une politique étrangère. Il soutient ainsi BDS contre Israël que Patrisse Cullors appelle la nouvelle Afrique du Sud.

Un financement particulièrement opaque

Si BLM reçoit des dons de particuliers, il bénéficie surtout des financements venant d’entreprises ou de fondations. Les grandes entreprises, jusqu’à Tik-Tok, cherchent à montrer qu’elles sont suffisamment « woke », par leur management et par des dons. Cependant, les informations sur la nature marxiste des organisations BLM ont commencé à percer, au point que Pepsi, Walmart et Bank of America ont fait savoir qu’elles ne donnaient rien à BLM. Les fondations philanthropiques versent de l’argent via des organismes écran tels que IDEX, devenu en 2016 Thousand Currents (dont Susan Rosenberg a été la vice-présidente du conseil d’administration), qui peuvent recevoir des dons fiscalement déductibles pour le compte de BLM, sans avoir à en révéler la source. Novo Foundation, de la famille Buffet, est un gros donateur et l’est resté après le transfert du sponsoring à Tides qui comprend une kyrielle d’organismes écran à but non lucratif. Tides reçoit des dons d’une pléthore de Fondations, dont celles de George Soros et de Rockefeller et la Fondation Ford. D’après Mike Gonzalez, les seuls fonds de la famille Soros suffiraient à maintenir l’activité de Tides pendant des années. Comme M4BL est souvent jugé un peu trop radical, il a du mal à lever de l’argent. En 2021, il a changé de sponsor. Il est passé de l’Alliance for Global justice (AfGJ)[4] au moins connoté Common Counsel Foundation (CCF)[5].

Le FBI empêché d’enquêter sur les militants utilisant la défense des Noirs

À la pointe de ce combat se trouve l’organisation militante Brennan Center for Justice qui a reçu le soutien complaisant des médias. Suivre les activités de BLM ce serait violer le 1er amendement[6], comme l’aurait fait le FBI en mettant Martin Luther King sous surveillance dans les années 1960.

Le 3 août 2017, soit neuf jours avant la manifestation de Charlottesville pendant laquelle un nationaliste blanc tua un contre-manifestant, fuitait, sur le site Foreign Policy,  un rapport du FBI. Cette fuite allait mettre le feu aux poudres. Dans ce rapport, le FBI alertait sur la possibilité d’attaques de la part de « Black Indentity Extremists (BIE) », pour ne pas parler de BLM. Le Black Caucus fit part au directeur du FBI de son opposition à ces investigations rappelant, d’après lui, les mauvais jours des années 1960 et lui demanda d’arrêter d’enquêter sur BLM. Pour le Black Caucus, ces investigations ne pouvaient qu’éroder la confiance des citoyens noirs dans les forces de l’ordre. En un an, la marche arrière du FBI fut complète. Pourtant les conclusions du rapport du FBI furent confirmées par des recherches académiques à  Rutgers University à partir de big data.

Des procureurs woke dévoyés

Lors des manifestations et émeutes de 2020, des procureurs refusèrent obstinément de poursuivre et relâchèrent les suspects arrêtés (souvent des Antifas) qui purent ainsi poursuivre leurs activités. Par exemple, Rachael Rollins, procureur de Boston, publia une liste de 15 crimes à ne plus poursuivre. Kamala Harris, qui fut procureur de San Francisco puis de la Californie, incita à donner pour le Minnesota Freedom Fund afin de payer les cautions de manifestants arrêtés. D’après le Washington Examiner, ce fonds paya même la caution de suspects de meurtre et de crimes sexuels.

Les Antifas, des cibles plus faciles

On comprend pourquoi les élus, lorsque ils veulent montrer qu’ils ont l’air de faire quelque chose sans être accusés de violer le 1er amendement, se tournent vers les Antifas, lesquels sont bien souvent des Blancs. C’est moins risqué. C’est ce que fit Donald Trump en mai 2020 lorsqu’il classa les Antifas parmi les organisations terroristes. Ils sont violents mais n’ont pas de relais au niveau fédéral qui pourraient les défendre et ne sont pas aussi bien organisés et structurés que BLM. Le Torch Antifa Network est ce qui se rapprocherait le plus d’une organisation (voir Andy Ngo). Michael Novick, qui a enregistré le site, est un ancien membre de Weather Underground et fervent supporter de Cuba. Susan Rosenberg en fut membre. Mais les Antifas sont loin d’avoir l’impact culturel et politique des BLM. D’après Mike Gonzalez, à bien des égards, les Antifas ressemblent aux rustres qui ont envahi le Capitole le 6 janvier 2021. C’est plus facile pour la police de les arrêter, eux. Ils ne disposent pas de gens très diplômés capables d’écrire dans les revues juridiques, n’ont pas de programme et ne se fondent pas, contrairement aux BLM, sur la théorie critique de la race.

La théorie critique de la race (TCR)

La TCR trouve ses fondements dans les travaux de l’école de Francfort, de Max Horkheimer, auteur de Traditional and Critical Theory (1937), mais surtout d’Herbert Marcuse, resté aux États-Unis après la fin de la guerre. Ce dernier découvrit le potentiel que représentaient, dans les années 1960, les minorités opprimées insatisfaites. Le croisement des études de l’École de Francfort avec le postmodernisme français donna, dans le domaine légal, ce qu’on appela la théorie critique légale (TCL). La TCR, qui voit tout à travers le prisme de la race, sera moins tournée vers les spéculations intellectuelles au profit de l’action dans le monde réel.  

Les médias ne s’attardent guère sur la filiation de la TCR avec la Théorie Critique car cela les obligerait à reconnaître l’héritage marxiste, même si des promoteurs tels que Kimberlé Crenshaw ne s’en cachent pas. Les théoriciens ont été très influencés par le travail du Combahee River collective (CRC), un groupe de lesbiennes socialistes de Boston qui, dans les années 1970s, ne faisait guère mystère de son marxisme. Les militants sont conscients du potentiel révolutionnaire de ce que Crenshaw a appelé l’intersectionnalité. Ils préfèrent parler d’anticapitalisme plutôt que de marxisme. Au pire, ils reconnaîtront qu’ils ont été formés au marxisme. Robin J. DiAngelo et Ibram X. Kendi constituent l’avant-garde des propagateurs de la TCR lors de formations en entreprise, au Congrès et jusque dans les districts scolaires. Ces deux super-formateurs, bien qu’anticapitalistes, se font quand même payer 15 000 à 20 000 dollars pour des formations d’une à deux heures.

L’endoctrinement à l’école

C’est la branche BLM at School, née à Seattle en 2016, qui s’en charge. Sur son site figure en bonne place le chant d’Assata Shakur. BLM at School a institué une semaine consacrée à BLM dans les écoles et reçoit le soutien de la National  Education Association (NEA), le plus grand syndicat enseignant. BLM at School met à disposition des écoles et des enseignants des ressources, des programmes dans lesquels il conseille d’apprendre aux élèves, dès leur plus jeune âge, que les Etats-Unis ont été fondés sur la protection des intérêts des hommes blancs chrétiens et donc sur la défense de l’esclavage. Le programme de la semaine BLM s’appuie sur treize principes de base (https://www.blacklivesmatteratschool.com/13-guiding-principles.html). Certains sont assez fumeux, d’autres plus explicites. Le 1er principe traite de la justice réparatrice. Les principes 5 et 6, en faveur des queers et des trans, visent à démanteler les privilèges des hétéros et la pensée hétéronormative. Le onzième principe incite à se libérer du patriarcat et à se défaire de la famille nucléaire occidentale pour un retour au « village collectif ». Le programme du projet 1619 est aujourd’hui enseigné dans au moins 4500 classes. Joe Biden s’est plié, dès les 1ers jours de son mandat, aux demandes du comité de pilotage de BLM at School, notamment en annulant l’interdiction posée par Donald Trump du recours à la TCR lors des formations au niveau fédéral.

Comment renverser la vapeur ?

BLM demande aux Blancs, généralement de gauche et très éduqués, qui le soutiennent de ne plus être seulement des alliés, mais des complices dans la destruction du « système ». Noël Ignatiev, mort en 2019, pionnier des « whiteness studies », appelait les Blancs à trahir leur race et à concourir à son abolition. Lors de son dernier cours à l’Université en 2013, il déclara aux étudiants blancs de sexe masculin qu’ils ne méritaient pas de vivre, qu’ils étaient un cancer et n’avaient jamais rien accompli de positif dans le monde. Le Blanc n’avait été qu’un agent du mal. Au moins une femme blanche pouvait, elle, donner naissance à des bébés bruns.

L’Amérique va avoir du mal à faire marche arrière et à sortir de cette emprise idéologique, même si seule une minorité adhère aux mantras de BLM. Pour Mike Gonzalez, il va falloir non pas répondre par une autre forme de « Cancel Culture », mais armer les citoyens avec les faits. En commençant par le gros mensonge sur l’État carcéral. En matière économique, il faut, écrit Mike Gonzalez, insister sur les améliorations de la condition des Noirs. Ainsi, 2019 a été l’année où les écarts raciaux en matière de chômage ont été historiquement bas. Ne pas hésiter à exposer la vraie nature des applications de la TCR comme le fait Christopher Rufo, directeur de Discovery Institute’s Center on Wealth and Poverty. C’est son action qui a attiré l’attention de Donald Trump et l’a conduit à interdire en 2020 la TCR dans les formations de niveau fédéral. Rufo est devenu une référence que consultent les lanceurs d’alerte sur le sujet. C’est lui qui a révélé les pratiques d’un directeur d’école qui avait encouragé les parents à devenir des « white traitors » et à contribuer à la « white abolition » ! Le jour de la révocation de l’interdiction de la TCR par Biden, Rufo annonça la formation d’une coalition de cabinets juridiques et de fondations juridiques - « Stop Critical Theory » - dans le but de combattre la violation des droits civiques de 1964 et de la Constitution et d’aider ainsi les Américains à donner de la voix.

« Absolument, les vies noires comptent. C’est juste qu’elles ne comptent pas pour vous. »

Cette phrase du président de l’Institut Claremont, Thomas Klingenstein, résume bien l’impasse que BLM offre aux Noirs américains. En effet, la promotion de la destruction de la famille est profondément pervers, compte tenu des dégâts causés par les structures familiales déficientes des Noirs. En leur faisant croire que ce qui fait la réussite des Blancs ne vaudrait pas pour eux, BLM cherche à endoctriner les Noirs non à les faire réussir.



[1] Ce mouvement est issu d’une scission du syndicat SDS (Etudiants pour une société démocratique) lors de leur convention à Chicago en 1969. Son appellation est tirée d’une déclaration faite lors de cette convention : « Pas besoin d’être un présentateur météo pour savoir dans quelle directions souffle le vent ». Et, pour les Weathermen, le vent soufflait dans le sens d’une destruction de l’impérialisme américain pour faire advenir un monde sans classe, un communisme mondial.

[2] « Il est de notre devoir de nous battre pour la liberté. Il est de notre devoir de gagner. Nous devons nous aimez et nous soutenir les uns les autres. Nous n’avons rien à perdre que nos chaînes. »

[3] Movement for Black Lives.

[4] Reconversion en 1998, sous ce nom, d’un réseau nicaraguayen pro-sandiniste qui reste hostile aux formes actuelles de représentation démocratique.

[5] Le CCF semble moins radical mais compte Axel Tom dans son conseil d’administration, un vieil ami d’Alicia Garza, qui a dirigé la Chinese Progressive Association (CPA) de San Francisco fondé en 1972 en pleine révolution culturelle.

[6] « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre. »